Dieu et Moi

Revue de presse | "Carême, cheminement évangélique vers Pâques

Sample ImageChaque année, quelques semaines avant Pâques, tous les journaux catholiques s’évertuent à expliquer le sens du carême. Cela fait très catholique, alors que cette tradition appartient en réalité à tous les chrétiens. Dans son numéro de mars-avril, le magazine Horizons évangéliques y consacre un dossier à ces 40 jours qui précèdent Pâques avec des réflexions de pasteurs évangéliques, des témoignages, des conseils et même un calendrier de lectures. A lire par tous les chrétiens.

« Tu te prives de quoi pour le carême ? » C’est par cette question quelque peu déstabilisante que Horizons évangéliques ouvre son dossier dans son dernier numéro (mars-avril 2009). L’auteur, Ted Olsen, est rédacteur de Christianity Today, le mensuel évangélique américain de référence et sans aucun doute un des meilleurs organes de presse chrétiens au monde, y compris pour les non évangéliques. Le sens du carême évolue évidemment à travers l’histoire – en ce moment, les Eglises aiment beaucoup communiquer sur les problèmes économiques dans les pays du Sud, par exemple – mais le noyau central ne bouge pas : l’objectif est bien l’auto-examen et la pénitence, « exprimés par un renoncement, afin de se préparer à la fête de Pâques », selon Olsen. Cette idée de privation de quelque chose avant Pâques date des tout premiers chrétiens. Et c’est en 325, au Conseil de Nicée, qu’une période de carême d’une quarantaine de jours de jeûne a été envisagée. L’Eglise devait ensuite suivre cette décision avec un certain zèle. Ainsi, dans l’Eglise d’Occident, en particulier, les fidèles jeûnaient pendant six semaines, un peu à la manière des musulmans au moment du ramadan aujourd'hui : un repas le soir seulement et sans faire la fête. Dans l’histoire moderne, les pratiques se sont progressivement relâchées. L’Eglise catholique recommande aujourd’hui le jeûne pour le Mercredi des Cendres et le Vendredi saint.
Or si beaucoup d’évangéliques se moquent de ces traditions plus ou moins obsolètes et surtout mal expliquées (combien de chrétiens savent que 40 jours dans la Bible symbolisent un temps d’épreuve qui nous prépare à la rencontre de Dieu ?), de plus en plus d’Eglises évangéliques renouent avec l’idée de jeûne. Pourquoi ? Parce que c’est un « élément préparatoire au réveil spirituel », comme le dit Olsen. Qui conclut ainsi : « Pour un grand nombre d’évangéliques qui considèrent l’Eglise primitive comme un modèle aujourd’hui, un renouveau de la tradition du carême serait une prochaine étape logique. »
Mais pourquoi ce désintérêt historique de la part des évangéliques, pourtant connus pour leur zèle ? D’après le pasteur Pierre de Mareüil, dans un excellent article (En quête du carême), ce désintérêt est « probablement dû au fait que le carême est perçu par les protestants comme une œuvre en vue du salut, ce qui rentre en contradiction avec le salut par grâce qu’ils prêchent ». Très pauliniens, les protestants se méfient aussi de tout ce qui leur semble trop « religieux ». « Ce qui compte, explique de Mareüil, c’est que le chrétien soit rempli de Saint Esprit et non pas qu’il observe ou non telle ou telle pratique religieuse. » « Mais, continue-t-il, au-delà des suspicions et des polémiques, les pratiques des autres Eglises chrétiennes ne peuvent-elles pas éclairer les nôtres ? » Et de passer en revue les pratiques de carême dans l’Eglise catholique et les Eglises orthodoxes. Que retenir ? « Quelques leçons », d’après de Mareüil. Dont l’idée que les temps de fête qui rythment l’année sont un moyen de construire une communauté et de célébrer la création et l’action de Dieu. Puis le fait que « le carême peut être l’occasion de remettre les choses matérielles à leur juste place afin de se concentrer sur notre relation à Dieu ».
Le carême est en ce sens un chemin vers Pâques. Il peut nous enseigner plus largement sur notre façon de suivre le Christ. Dans l’éditorial, le rédacteur en chef Jean-Luc Gadreau, explique : « C’est un chemin étroit et difficile, mais aussi étonnant et transformateur. Il me fait penser à ce verset du livre des Actes : " … Dieu invitait les hommes à le chercher, et à le trouver, peut-être, comme à tâtons, lui qui n’est pas loin de chacun de nous." (Actes 17.27) (…) Ce tâtonnement induit plusieurs comportements ; humilité, vigilance et une acceptation d’une certaine lenteur et d’une forme d’incertitude. »
Au nom de notre principe de transparence, nous tenons à préciser que nous avons collaboré à ce numéro de Horizons évangéliques. Mais nos articles n’ont rien à voir avec le thème du carême.

Ainsi, nous vous recommandons très fortement de lire ce dossier-là parce que le sujet, traité d’une façon novatrice, ne peut laisser aucun chrétien indifférent.

Au fait, vous vous privez de quoi avant Pâques ? De certains aliments ? De l'alcool ? Du luxe inutile ? Très franchement, ce n'est pas notre cas. Nous essayons de faire le point sur les choses importantes dans notre vie et nous continuons à éviter la télé, encore plus intensément que jamais. Dans le cadre familial, nous évitons particulièrement les journaux télévisés, sauf ceux d'Arte, et nous nous informons via des bons quotidiens écrits et l'Internet. Certains évangéliques dans notre entourage en profitent, eux, pour changer leur relation avec leurs enfants. D'autres essayent de changer leur regard sur eux-mêmes. Et se mettent sérieusement à chercher Dieu. Certains le trouvent.
Henrik Lindell
Cet article a été mis en ligne le 21 mars 2009.

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