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Le magazine Horizons évangéliques a eu la bonne idée de faire un dossier sur la musique chrétienne francophone. Il s’agit essentiellement de la musique de louange connue des évangéliques. A part des interviews d’artistes et des informations utiles, on lit avec intérêt des textes d’auteurs comme Jean-Luc Gadreau, compositeur et chanteur connu dans les milieux chrétiens, et l’écrivain et pasteur Jonathan Hanley. Ils lancent un appel pour la liberté des artistes qui cherchent Dieu et qui évangélisent ainsi. Car la musique vient de Dieu. A lire absolument.
Label 7, Nicolas Ternisien, Exo, Philippe Decourroux, JTM… Si vous êtes un évangélique un peu intéressé par la musique, vous vous repérez tout de suite avec ces références. Mais si vous n’êtes pas un initié, vous ne savez pas forcément qu’il s’agit de quelques-uns des « noms » de la musique chrétienne francophone contemporaine. Chez les jeunes catholiques, le grand nom est le groupe de pop-louange Glorious, qui s’inspire franchement des évangéliques Hillsong. Alors que chez les cathos et protestants trentenaires et plus, surtout s’ils sont un peu intellos, on aime souvent les chants néoclassiques de Taizé. Ces différents univers culturels s’ignorent largement. Chacun son style pour louer le Seigneur et peu importe le degré de sophistication des textes et des mélodies.
Mais il faut savoir qu’un des principaux enjeux de l’évangélisation, notamment des jeunes, se trouve là, dans l’évolution de cette musique dite de louange. Parce qu’elle est populaire, simple, communicative, fondée en grande partie sur un langage qui permet d’être en relation avec Dieu. Tout ce que nos cultures d’Eglise devraient être un peu plus souvent !
Horizons évangéliques, dans son numéro de juillet/août 2009, a eu la bonne idée de consacrer un dossier à cette musique avec un accent particulier mis sur ce qui se fait chez les chrétiens évangéliques. On y découvre l’ampleur du phénomène – le nombre de groupes chrétiens explose en France depuis le début des années 70 –, plusieurs interviews d’artistes connus, des textes souvent fort personnels. Surtout, sont abordés avec franchise les problèmes qui se posent pour cette musique.
Le premier grand problème est celui des moyens financiers et des réseaux de distribution. La musique chrétienne qui ne touche que des protestants évangéliques français engagés – soit quelques centaines de milliers de personnes - ne risque pas de générer des ressources conséquentes. Ainsi, les productions sont souvent moyennes, voire mauvaises, et la qualité artistique n’est pas nécessairement assurée. En l’occurrence, les disques français sont techniquement et parfois musicalement moins évolués qu’outre Atlantique ou même outre Manche, où la musique chrétienne est beaucoup plus populaire et développée qu’en France. On peut stipuler que si les disques chrétiens sont bons – et il y a certains critères objectifs pour cela - ils sortiront aussi des réseaux confessionnels et toucheront un public beaucoup plus large. Hélas, le téléchargement sauvage des disques chrétiens français et l’inattention généralisée aux enjeux économiques de cette musique dans nos Eglises entravent son développement positif.
L’autre problème est celui du genre lui-même. Qu’est-ce qu’une musique chrétienne au juste ? « Quand Jessye Norman chante Amazing Grace, sa musique devient-elle chrétienne ? Quand le chrétien Johnny Cash reprend Personal Jesus de Depeche Mode, sa musique cesse-t-il de l’être ? » se demande d’une façon rhétorique l’écrivain et pasteur Jonathan Hanley dans un article très personnel. Autre question : n’y a-t-il de place que pour « la louange » ? Quid du témoignage ? De toute évidence, la routine, voire le rite, menace cette musique comme elle menace toutes les musiques. Parfois, le pop-louange ne concerne réellement que les convertis. Ce n’est pas forcément pire que la musique liturgique à l’ancienne, mais ce n’est pas mieux ! Or il faut toujours faire mieux. La vérité personnelle, l’authenticité, l’originalité, la créativité, l’esthétique ne suscitent pas toujours un grand intérêt dans nos Eglises, mais c’est pourtant ces choses-là, qui évoquent vraiment Dieu, qui touchent les cœurs. Dans une interview, Philippe Decourroux, auteur de nombreux chants populaires, résume les choses ainsi sans langue de bois : « Il y a beaucoup de talents au milieu des chrétiens évangéliques, mais excusez-moi de comparer, je suis un peu triste en mesurant notre retard par rapport aux anglophones. Je pense que l’on manque de vision, d’audace et de foi. (…) Je déplore le trop peu d’évangélistes dans la chanson chrétienne francophone. La louange est importante, bien sûr, mais où vont tous ceux qui se perdent pendant que l’on chante de beaux cantiques entre nous ? »
Horizons évangéliques a eu le courage de publier un billet qui explique pourquoi certains n’aiment pas la musique chrétienne. Ecrit par le pasteur et théologien Nicolas Farelly, il développe trois arguments : « Ca imite la musique « non chrétienne » mais en moins bien. C’est cul-cul la praline. Son message : de la propagande. » Effectivement, ce serait trois bonnes raisons de fuir la musique dite chrétienne. Parfois, mais seulement parfois, ces raisons sont valables, à notre humble avis.
L’ensemble des auteurs de ce dossier appellent explicitement à plus de libertés dans la musique « chrétienne », de louange ou non. Jean-Luc Gadreau, pasteur compositeur, chanteur, membre de plusieurs bons groupes chrétiens comme Label 7, a carrément écrit un Manifeste pour une liberté retrouvée. S’avouant incapable de définir ce qu’est une musique « chrétienne », il plaide au contraire pour la musique en tant que telle. « La musique, dit-il, est un accès au mystère invisible mais perceptible de l’humanité dans son lien permanent au Dieu créateur ». Jean-Luc Gadreau dit avoir emprunté ces propos au théologien catholique Mgr Dupleix, qui a beaucoup exploré les rapports entre l’art, la culture et la foi (ce qui nous permet au passage de constater que cette recherche n’est pas le propre des évangéliques, mais qu’elle concerne tous les chrétiens). Jean-Luc Gadreau lui-même considère que ce qui est dit de la musique concerne l’art dans sa globalité. Pourvu que l’artiste soit libre, qu’il puisse créer sans contraintes. Le compositeur décrit ainsi sa préoccupation : « Il existe une urgence, qui se révèle sans doute être un défi lancé aujourd’hui encore à l’Eglise : libérer les artistes, libérer les musiciens et chanteurs pour qu’ils deviennent créateurs, pour que leurs rêves se traduisent dans leurs chansons, dans leurs sculptures, dans leurs danses. »
Nous partageons ses propos. Très prochainement, vous pourrez lire dans ce site une longue interview de Jean-Luc Gadreau, qui nous parlera surtout de sa vision de la louange.
Le numéro d’Horizons évangéliques peut être acheté en ligne. N’oubliez pas qu’il est important de soutenir le nouveau projet qu'est cette revue évangélique de qualité (1).
HL
1. L’auteur de cet article est lui-même membre du comité de rédaction d’Horizons évangéliques et il a collaboré à ce numéro.
Cet article a été mis en ligne le 22 août 2009.
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