• Wide screen resolution
  • Narrow screen resolution
  • Increase font size
  • Decrease font size
  • Default font size
Revue de presse chrétienne du 26 octobre au 1er novembre | Les protestants à l’honneur PDF Imprimer Envoyer

DMlavieuneprot.jpgVoici notre nouvelle revue de presse chrétienne. Elle contient nos conseils de lecture, notre analyse, ce qu’on aime et ce qu’on n’a pas bien compris chez nos confrères. Elle est alimentée tout au long de la semaine par des ajouts en fonction de l’actualité médiatique du moment. Cet article est consacré surtout aux protestants français, rassemblement du 30 octobre de 10 000 « prots » à Strasbourg oblige, et à l’hebdomadaire catholique La Vie.

La Vie a réalisé un dossier remarquable sur les protestants, « historiques » et évangéliques, dans son numéro du 22 octobre. L’hebdomadaire catholique ne nous avait pas vraiment habitués à des enquêtes approfondies sur les protestants évangéliques. Ce qui reflète un phénomène général : à part Famille chrétienne, pratiquement toute la presse catholique traite avec une méconnaissance surprenante les autres chrétiens. Mais cette fois-ci, La Vie se concentre sur des faits, des chiffres, il cite de nombreuses personnes rencontrées, il veut comprendre. Les jugements de valeurs des différents journalistes sont d’autant plus acceptables.

Le dossier, mais on devrait plutôt dire numéro spécial, est considérable. 50 pages sur les familles protestantes et leur recomposition, les « 100 personnalités qui comptent », les évangéliques et les chiffres clés. On a particulièrement aimé le long article introductif de Jean Mercier qui explique dans quel contexte les protestants français évoluent à la veille de leur premier « méga-happening » : Protestants en fête, l’événement qui rassemblera 10 000 protestants à Strasbourg du 30 octobre au 1er novembre. Cette fête a lieu 500 ans après la naissance de Jean Calvin, célébré par « un déluge de colloques et de conférences ». Jean Mercier, chef de service des informations religieuses de La Vie, pose des bonnes questions, y compris celles qui fâchent, aux personnes qui apportent des réponses adéquates. Il établit par exemple ce paradoxe apparent qu’est le fait que les luthériens et les réformés « sont devenus les chrétiens de l’Hexagone les plus en phase avec la modernité, tolérant l’IVG, la pilule, la PMA (procréation médicalement assistée) et le remariage après divorce » alors que « l’érosion des fidèles et des finances est incontestable ». Jean Mercier laisse le pasteur réformé Gilles Boucomont donner cette information : « En vérité, nous ne représentons plus qu’environ 150 000 croyants ne France ». Alors que le chiffre officiel est de 300 000 membres. Si cette information est vraie, l’Eglise réformée de France fait comme le Modem, le Parti socialiste et la CGT : tout en donnant des leçons de transparence à tout le monde, il ment sur l’état réel des effectifs. Est-ce bien calviniste comme attitude ? Sans doute faudrait-il prendre en compte d'autres critères que le nombre de "foyers côtisants" (50 000), "croyants" (150 000) ou "proches de" (200 000 à 400 000). L'Eglise Réformée de France est jusqu'à nouvel ordre la plus grande et la plus "influente" des Eglises protestantes.

Jean Mercier a bien pris en compte l’enseignement de l’universitaire Sébastien Fath, l’autre grand informateur pour son article. Les évangéliques, de plus en plus nombreux (entre 400 000 et 600 000), ont maintenu leur « théologie très traditionnelle, mais ont bouleversé le style du culte », selon Fath, contrairement aux luthéro-réformés qui ont conservé le cadre mais changé le fond. Jean Mercier évoque la création du Conseil national des évangéliques de France (Cnef), qui pourrait fédérer tous les évangéliques, y compris les pentecôtistes. Entre Eglises évangéliques traditionnelles et pentecôtistes, il y a maintenant des ponts, constate Mercier. C’est un fait majeur que peu d’observateurs religieux prennent le temps de noter.
Le journaliste de La Vie décrit également comment les réformés s’inspirent désormais de ces évangéliques qu’ils aimaient tant mépriser auparavant. Voici que l’Eglise réformée met à l’honneur « le témoignage actif de la foi ». Un évangélique dirait plutôt « témoignage » tout court. (Pour le non-initié, c’est quand on dit qu’on est chrétien et que l’on explique en quelques mots comment et pourquoi.) Gilles Boucomont confirme : « Depuis quelque temps, on a de nouveau le droit de parler d’évangélisation dans l’ERF. » Des jeunes réformés revendiqueraient « le retour aux sources ». (On confirme : il suffit de faire un tour dans les facultés de théologie protestante pour le vérifier…) Puis il y a cette phrase de Jean Mercier : « Un phénomène qui fait penser à ce qui se passe dans l’Eglise catholique, où les moins de 40 ans réclament un droit d’inventaire sur la période de l’après-Concile. » Ah bon ? Il serait intéressant si La Vie parlait de cela de temps en temps…

De toute évidence, il y a une tension entre d’une part des évangéliques et des réformés qui veulent revenir à une « certaine orthodoxie dogmatique », comme c’est le cas du pasteur Boucomont, et d’autre part, « la forte majorité des luthéro-réformés [qui resterait] attachée à une théologie libérale ». Raphaël Picon, brillant pasteur réformé et doyen de la faculté libérale de théologie protestante de Paris, se livre à un travail assez remarquable de déconstruction des dogmes. Commentaire de Jean Mercier : « Mais que faire, une fois qu’on a déconstruit les dogmes ? Le christianisme risque de se réduire à un humanisme acceptable par tous, mais pour lequel personne n’est prêt à risquer sa peau. » L’article se termine ainsi : « Les faits montrent que nos contemporains souhaitent croire à un Dieu structurant, qu’on peut définir objectivement. Un Dieu fuyant ne les attire pas », explique Sébastien Fath. « Et, selon les évidences, c’est aussi ce que Calvin défendait en son temps… »DMlaviecalvinprot.jpg


Cet article confirme ce que nous disons sur ce site depuis plus d’un an. Il y a une recomposition en cours. La grande majorité des protestants français « pratiquants » (1) - donc ceux qui se rendent au temple et jugent que la communauté chrétienne est quelque chose qui les concerne – est évangélique. Elle n’est pas réformée ou luthérienne. Ces protestants « historiques » (certains baptistes sont plus historiques que les « historiques ») ont trop intellectualisé leur rapport avec Dieu et avec les autres chrétiens. Ils doivent désormais se laisser ressourcer par les évangéliques. Ce qui suppose aussi une remise en question, ou du moins une mise en perspective, de la théologie libérale, de moins en moins à la mode chez les jeunes chrétiens. Ceux qui se vantent d'avoir un « esprit critique » par rapport aux textes bibliques, par exemple, manquent très souvent de maturité spirituelle. Leur problème n'est pas d'ordre intellectuel, mais relationnel. Avec Dieu et avec les autres. Et ceux qui se disent « tolérants », « ouverts », ayant « le souci de l’autre » manifestent parfois une certaine incompréhension devant ce fameux « autre » qui pourrait surprendre. Dans le dossier de La Vie, prenons une remarquable interview d’Oliver Abel, philosophe et professeur d’éthique. Il est présenté comme « le plus grand des intellectuels protestants » (!). Olivier Abel, pour lequel nous avons, nous aussi, une grande estime, dit entre autre ceci : « le protestantisme (…) est un très fort désir de simplicité, de sincérité. » « Tout cela n’a-t-il pas des limites ? » demande le journaliste Jean Mercier. Olivier Abel répond : « Cette sincérité peut être parfois brutale et devenir pathologique, par exemple, l’exhibitionnisme du born again. Il peut aussi y avoir un dévoiement de la lecture de la Bible dans le fondamentalisme. » Si les mots ont un sens, il faut donc penser que des gens comme Jimmy Carter, Billy Graham, Rick Warren – et tous les autres chrétiens qui pensent vraiment être nés de nouveau (dont l’auteur de cet article) – sont, d’après Olivier Abel, certes sincères, mais potentiellement pathologiques dans leur exhibitionnisme ! Rappelons que le concept du « born again » - né de nouveau - vient de Paul qui se réfère au Christ. Etait-il pathologique aussi ? Après tout, Olivier Abel a parfaitement le droit de le penser. Vive la liberté d’expression ! Mais quant à la compréhension de l’autre, surtout si l’autre est un chrétien, on pourrait probablement faire mieux.
De même, un long article sur les évangéliques avec le titre « Démêlons le vrai du faux » - avec des propositions massue du genre « ils sont conquérants », « ils sont rigoristes en matière des moeurs », suivis de réponses en quelques phrases – nous laisse assez perplexe. Les questions, notamment sur le fondamentalisme, sont trop importantes et compliquées pour être traitées dans ce cadre, d’autant plus que les réponses ne sont pas données par des théologiens mais par une journaliste (par ailleurs excellente). Une chose nous frappe dans cet article qui s’étend sur pas moins de six pages dans le principal hebdo catho du pays : l’accent mis sur les enjeux de l’éthique privée et sexuelle. Admirons ces phrases : « En raison de leur fondamentalisme biblique, les évangéliques nourrissent des positions conservatrices en matière de mœurs » et « en général, ils sont tous pro-vie et pro-famille ». Il est par ailleurs question du risque sectaire de la « communauté de purs » et, bien entendu, du « gourou ». Il est évident que ces problèmes existent, comme le suggère à très juste titre la journaliste et aucun évangélique ne dirait le contraire. Mais sont-ils importants, inquiétants, par rapport à ceux d’autres communautés ? Un évangélique est-il plus ou moins fondamentaliste (donc primaire, quoi), sectaire, « rigoriste » (« coincé » en langage djeun) etc. que les autres chrétiens ? Et qu’était-il avant de devenir évangélique ? Pas de réponse. Autre remarque : l’ensemble des photos de ces six pages sur les évangéliques montrent des personnes en prière qui lèvent leurs bras. Quatre très belles photos avec, en substance, le même contenu : des gens qui prient, les bras levés, dont Carlos Payan (mais qu’est-ce que ce pasteur œcuménique vient faire là-dedans ?!). Ah, mais bien sûr, ce sont des charismatiques. Des pen-te-côt-istes ! Donc des gens pas toujours très clairs. Ce n'est pas ce qui est écrit, mais c’est ce que l'on comprend. Car dans la presse "bien-pensante" catho, on ne comprend pas, on n'aime pas, on est gêné par les charismatiques. Désolé La Vie, mais ça, ce n’est pas sérieux.

Et depuis quand pose-t-on ce genre de questions sur les catholiques et les luthéro-réformés ? Et quelles seraient les réponses ? Imaginons ces propositions prononcées par un évangélique dans un journal évangélique : « Les catholiques croient à la magie », « Les catholiques pensent que l'homosexualité est intrinsèquement mauvaise », « Les luthéro-réformés sont démissionnaires face aux problèmes des mœurs », « Les luthéro-réformés sont devenus agnostiques ». Vrai ou faux ? Hein ?
Heureusement, ce grand dossier n’a pas seulement pour vocation d’être sérieux. Il y a notamment une liste des 100 personnalités les plus « influentes ». Des gens que La Vie veut « saluer ». Le numéro un, c’est … Antoine Rufenacht, maire du Havre. Pourquoi la première place ? On ne sait pas. Et le numéro deux s’appelle François Roux, avocat de Montpellier. Protestant influent ? Avec des protestants connus et très croyants, comme Jean-Arnold de Clermont (n° 5), et ceux qui ne sont pas « pratiquants » (et probablement pas croyants non plus) comme Michel Rocard (n° 21) on comprend mieux. Des classiques quoi. Puis il y a aussi des noms qui sont vraiment pertinents quand on parle de protestants influents : notre ami Daniel Rivaud (n° 3), Stéphane Lauzet (n° 19), Claude Baty (n° 22), Carlos Payan (n° 29), Neal Blough (n° 31), Lytta Basset (n° 33) et, bien sûr, Gilles Boucomont (n° 41). Un oubli probablement révélateur : le pentecôtiste Eric Célérier, fondateur de Top chrétien, bien plus influent que la plupart des noms cités plus haut. Mais on lit cette liste avec gourmandise et c’est amusant. C'est people.

Pour terminer, il n’y plus qu’à vous jeter sur dix questions censées vous éclairer sur ce dilemme : êtes-vous plutôt catholique ou protestant ? Citons la dernière question : « Sur la route on vous croise au volant de : A la nouvelle Fiat 500 rouge. B. L’Espace de Renault marine. C. une Peugeot 308 gris métallisé. » Franchement, on ne sait pas quoi répondre. Est-ce protestant ou catholique de conduire une Renault Espace ?

Plus sérieusement, pourquoi au juste La Vie a-t-il fait ce dossier ? Le directeur de la rédaction, Jean-Pierre Denis, explique que « La Vie accueille par vocation le chant de tous les christianismes. Catholique par ses racines profondes, notamment de l’ordre dominicain, votre ‘hebdomadaire chrétien d’actualité’ affiche cela clairement sur sa une. Voilà ce qu’apprécient, je crois, nos nombreux lecteurs de sensibilité réformée ou évangélique. »
En fait, ce dossier est une tentative sérieuse de faire comprendre le monde protestant aux lecteurs de La Vie. Car ces derniers sont très majoritairement catholiques (2). Quand aux lecteurs luthériens et réformés, ils auront sûrement appris des choses notamment sur les évangéliques qu’ils connaissent souvent très mal. La Vie veut-il, aura-t-il un jour plus de lecteurs protestants qu’aujourd’hui ? A notre avis, il lui faudrait alors apprendre à parler davantage des témoignages de vie, de la conversion, du contexte psychologique et spirituel dans lequel les gens deviennent évangéliques. Il faudra aussi apprendre à faire des articles plus neutres et nuancés sur les pentecôtistes. Et plus généralement s’intéresser à la théologie évangélique, c’est-à-dire dépasser l'obsession de la morale sexuelle et la question des sectes. Pour tout ce dossier, La Vie a mis en une un certain Carlos Payan. Il a un ministère de guérison. Il est charismatique et engagé dans une démarche œcuménique. Il occupe la 29ème place dans la liste des personnalités influentes sélectionnées par La Vie. Mais les journalistes ne lui consacrent que quelques lignes. Il y a quelques semaines, un journaliste de La Vie a parlé de son ministère sur un ton négatif et hélas attendu. Au fait, avez-vous lu un seul article positif et sérieux sur le ministère de guérison dans La Vie ? Savez-vous que c’est un ministère chrétien très populaire ? Par ailleurs, savez-vous que le pentecôtisme est un courant chrétien qui rassemble plusieurs centaines de millions de personnes à travers le monde ? Tous des cinglés ? Pour le moment, contrairement à ce que dit Jean-Pierre Denis, leur « chant » n’est pas « accueilli » par La Vie. Il est soit ignoré, soit méprisé. C’est un fait vérifiable. Ce constat n’enlève rien à la qualité de ce dossier sur les protestants.
Henrik Lindell

1. Sébastien Fath dans une interview à La Croix du 23 octobre parle de « deux tiers à trois quarts ».
2. L’association Les amis de La Vie intéresse essentiellement les cathos. Récemment, elle a organisé un très important débat avec Guy Aurenche et l’archevêque Philippe Barbarin autour de l’identité catholique. C’était une bonne question, mais elle concerne peu les protestants.

Cet article a été mis en ligne le 26 octobre 2009.

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Lettre de nouvelles

Recevoir du HTML?

Derniers commentaires publiés sur le site

  • Dommage que le site de Radio Réveil paroles.ch ne ... Lire la suite
  • Titre étrange... sommes nous appelés à assister au... Lire la suite
  • Au terme des nombreuses errances théologiques des ... Lire la suite
  • Quel est ce pays qui tue les personnes innocentes ... Lire la suite
  • A propos de pardon, rassurez-vous : il m'est total... Lire la suite

Quelle église choisir ? Celle que vous voulez...

creativecomchurchwomsing.jpg
Y a-t-il une église en France pour moi ?
Oui, pour consulter la liste des communautés accueillantes, cliquez ici. Lisez aussi notre article introductif.

Verset du jour

Jesus .Net