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Revue de presse du 9 au 15 novembre | Quand l’identité nationale nous frappe PDF Imprimer Envoyer

DMrefromeune121109.jpgDMcouvvatII.jpgC’est quoi notre identité nationale ? Bien des médias chrétiens se sont lancés dans ce débat voulu par nos dirigeants. Débat multiforme, parfois idéologique, incompréhensible aux yeux de beaucoup, il divise forcément les gens à cause de son contenu  - Dieu, c’est quoi être Français ?! - et aussi à cause de sa forme  - pourquoi ce débat maintenant ? Autres points évoqués dans cette revue : les conclusions de l’assemblée plénière des évêques à Lourdes, un hors-série de Croire Aujourd’hui  sur Vatican II et une précision sur le nombre d'évangéliques en France.


 

Identité nationale, le débat piégé

Chers amis, d’abord cette longue note d’introduction pour établir des éléments fondamentaux. Cette revue de presse est comme toutes les revues de presse et comme tous les articles le résultat d’une série de choix personnels de l’auteur. Elle est donc subjective. Un journaliste n’est pas quelqu’un d’« objectif », mais un témoin qui rapporte des faits, si possible vérifiables, en fonction de son expérience et de ses opinions. Le principal animateur de ce site, qui a son histoire, n’est pas une exception.
Dans un débat comme celui sur l’identité nationale, il est très difficile pour un journaliste de ne pas laisser une place très importante à son expérience, car il y a peu de faits. Et les faits qui y sont méritent une vraie analyse. Donc des réflexions en grande partie personnelles. L’auteur de ce texte aime beaucoup la France, pour ce qu’elle est. Et il pense que le sentiment national peut être constitutif d’une nécessaire « identité » à l’intérieur d’un groupe. C’est même une banale évidence. Or, à force d’avoir passé des années à étudier les sciences politiques dans différentes facultés, il sait ce que n’importe quel historien ou politologue honnête pourrait vous dire mais nous vous dit pas forcément : la nation est un concept qui a été théorisé, et même inventé dans son acception contemporaine, au XIX siècle. On lui doit essentiellement le nationalisme, l’antisémitisme non religieux, deux guerres mondiales et au moins deux génocides (celui contre le peuple juif et celui contre les Arméniens). Bien sûr, la nation comme concept historique peut nous sembler positif. Et elle l’est réellement, parfois. Notamment aux Etats-Unis et au Brésil, pays multiculturels par excellence où le fait de brandir des idées de « la nation » ne sert pas à exclure des habitants du pays. On peut aussi citer le sionisme – idéologie laïque nationale par excellence - comme un facteur positif et très fédérateur pour un peuple qui n’est pas sans intérêt pour les lecteurs de la Bible. Certains intellectuels comme Renan et certains dirigeants comme Napoléon ont voulu faire de la nation une identité fédératrice pour dépasser la race et l’ethnie. C’est évidemment positif. Certains Français, avec ce sens-là de la nation, se sont levés pour combattre l’occupant nazi : Charles de Gaulle, Marc Bloch… Puisque nous sommes ici dans une revue de presse chrétienne, soulignons que les fondateurs des Cahiers clandestins du Témoignage chrétien étaient de ces patriotes-là, quand pratiquement tout le reste de la presse catholique était vichyste et antisémite (au nom de Famille, Travail, Patrie…).
Les latinistes parleront, eux, de ‘nascio’ ou ‘naître’ qui est l’origine du mot signifiant étymologiquement un peuple sur un territoire défini. Mais la nation devient une réalité concrète seulement si elle correspond à d’autres critères d’identité beaucoup plus importants pour la personne : langue, religion, terroir, communauté proche. Nombre d’empires, par exemple le romain, n’étaient pas fondés sur un sentiment « national » (même « peuple » sur un territoire précis avec un même sentiment d’appartenance). Et demandez aux Africains qui habitent des pays dont les frontières ont été dessinées à Berlin par les Occidentaux en 1885. Ce sont des « nations » construites d’une façon souvent arbitraire et à l’intérieur desquelles il y a peu d’unité. Quelle vraie « identité nationale » pour le Congo-Kinshasa, anciennement Congo belge ? Cela fait plus d’un siècle qu’on cherche, en vain, la réponse. Vous voulez des exemples plus proches ? Prenons la Belgique, la Suisse, l’Espagne, l’Italie… Malgré les tentatives de différentes idéologies (surtout fascistes), il n’y a toujours pas d’unité « nationale » dans ces pays. Mais la France, c’est sûr, est un vrai « Etat-nation », tout comme le Royaume-Uni et les pays nordiques. Dans ces pays, le peuple est en effet relativement uni (culturellement et religieusement par exemple) et dépend d’un pouvoir relativement centralisateur. Il n’empêche, on n’a jamais parlé sérieusement et surtout politiquement de la « nation française » avant le XVIIIe ou XIXe siècle. C’est la révolution française et plus encore les guerres napoléoniennes qui ont forgé un sentiment véritablement « national » en France.

En conclusion, cette « identité » nationale est une construction en grande partie artificielle, conflictuelle, qui, en plus, ne cesse d’évoluer. C’est la révolution française qui a donné à l’humanité un des slogans les plus sains et universalistes qui soient : liberté, égalité, fraternité. Mais cette même identité nationale a aussi permis et favorisé le développement des pires instincts de l’homme.
Hélas, les hommes politiques (de la majorité surtout), les journalistes et autres participants dans le « débat » sur l’identité nationale ne rappellent plus ces banalités-là. D’ailleurs, beaucoup n’y croient pas. Ils prennent l’identité nationale comme un sentiment d’appartenance comme les autres, parce qu’ils ne comprennent plus rien à l’Histoire ou parce qu’ils rêvent d’une France idéale. Le soldat inconnu sous l’Arc du Triomphe – qui nous a tant fait pleurer ce 11 novembre dernier si émouvant - risque de se retourner dans sa tombe ! Il est mort très exactement à cause du nationalisme qui est à l’origine de la Grande Guerre.
C’est tout cela qu’il faudrait dire quand on veut aborder « la réalité » des choses tangibles dans ce monde. Des faits. Et tant pis s’ils sont longs et compliqués.

Aucun intérêt

Dans le cadre d’une revue de presse, on peut s’évertuer à décrire les médias qui décrivent, sans réfléchir, le projet d’Eric Besson, notre ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, et puis citer des réactions – forcément passionnelles - qu’il suscite. On peut faire la caisse de résonance de Jean-François Copé, chef des parlementaires UMP, qui considère qu’il s’agit d’un « débat structurant » (sic). On peut retenir que Nicolas Sarkozy considère qu’« il n’y a pas de place pour les burqas en France » (CQFD). On peut aussi citer les dizaines de milliers de réponses déjà en ligne, sur d’innombrables sites, que certains Français tiennent à donner à cette question qui apparemment les taraudent : c’est quoi l’identité française ? Mais, il faut appeler un chat un chat : cela n’a aucun intérêt. Sauf à considérer que les discussions du café de commerce sont d’un intérêt vital.
Pourtant, l’hebdomadaire La Vie, après avoir publié un billet d’humeur de Max Gallo, ardent défenseur d’une identité nationale totalement anachronique, veut bien donner une place à ces discussions-là.
Il met donc en ligne des réactions de Français fiers de l’être qui se plaignent de ne plus se sentir bien chez eux. Pas assez de sandwichs au jambon, par exemple. Ou on serait Français seulement si on paye les impôts en France. Etc. etc. Cette victimisation franchouillarde à outrance le dispute à la bêtise et à la franche xénophobie. Puis, il y a aussi des visions très inclusives sur les valeurs de la République qui auraient pu être les nôtres. C’est en effet la France dans toutes ses belles contradictions. Mais si vous aviez posé la même question aux Portugais ou aux Polonais sur leur identité, vous auriez eu les mêmes réponses.  Même intelligence, mêmes bêtises, même insignifiance. Faut-il en faire la publicité ? Est-ce que cela apporte quelque chose d’utile pour quiconque ? Où est la nécessaire mise en perspective - chrétienne ou autre – de La Vie dans ce déballage de passions ?
Famille chrétienne, hebdomadaire résolument catholique, a carrément fait un sondage. L’identité nationale serait remise en question par « le mélange croissant des cultures » et « sapée par la négation de son héritage religieux », à en croire la majorité de ceux qui votent à ce questionnaire fermé (les réponses possibles ont été proposées par les journalistes). Ils semblent donc penser, à Famille chrétienne, que l’héritage religieux contribue à forger une identité nationale. C’est assez étrange dans la mesure où le christianisme, même dans sa version catholique la plus dogmatique qui soit, n’est pas vraiment une religion nationalisante (« il n’y a plus ni Grec, ni Juif », disait Paul) et que les grands inventeurs du concept en France n’étaient pas connus pour leur ardeur évangélisatrice. Une chose est sûre, le propos que tient Mgr Barbarin, archevêque de Lyon, dans l’interview accordée à Famille chrétienne à ce sujet, ne donne pas raison à ces lecteurs de Famille chrétienne qui ont tout simplement peur de l’autre. Un des hommes les plus fins et appréciés au sein de l’Eglise catholique de France dit exactement ceci :
« La nation est-elle une notion dangereuse ?
Jean-Paul II a utilisé le mot nation dans des sens différents avant et après la guerre en Yougoslavie. Savez-vous pourquoi ? Il a vu soudain les ravages du nationalisme mais il n’a jamais renoncé à manifester son attachement et sa gratitude pour sa nation, la patrie polonaise, sa culture, son histoire. Et il nous a aidés à réfléchir à tout ce que nous devons, dans chacun de nos pays, à nos racines.
Qu’est-ce que l’identité française pour vous ?
Être chrétien, c’est être baptisé. Mais être français ? Je sors mon joker, sauf à répondre, ce qui est juste, avoir sa carte d’identité ! Chez les Malgaches, la nation c’est la « terre des ancêtres ». Leur identité est très forte car ils sont insulaires. Il n’y a pas de frontières sur une île ! L’identité française n’est pas une vérité dogmatique. Si vous m’interrogez sur les sept sacrements, je vous réponds clairement et aussitôt. Mais la nation, c’est autre chose ! Il s’agit d’une réalité souple et complexe. Les origines de ma mission en France, aujourd’hui, ce sont des aînés qui arrivaient de l’actuelle Turquie et saint Pothin et saint Irénée, les premiers évêques de Lyon. Mais je pense aussi à leurs persécuteurs qui sont aussi mes ancêtres ! »

En résumé, Mgr Barbarin pense que l’identité chrétienne est autrement facile à définir que l’identité nationale,
« réalité souple et complexe ».

Valeurs chrétiennes

De toute évidence, pour qu’une identité nationale soit « positive », il faudrait ajouter des valeurs qui viennent d’ailleurs. Des valeurs chrétiennes, par exemple. C’est le point de vue de Frédéric Rognon, professeur de philosophie à la faculté de théologie protestante de Strasbourg. Dans l’article « Quelle identité nationale pour des chrétiens ? » mis en ligne sur le site de Réforme  à l'occasion d'un remarquable dossier publié le 12 novembre, il dit ceci :
« Le chrétien pourrait donc plaider en faveur d’une identité collective qui ne serait pas close ni repliée sur elle-même (une « identité-contre »), mais ouverte, accueillante et généreuse : une identité qui ferait droit à l’altérité en son sein même, en commençant par reconnaître tout ce qui, en elle-même, vient des autres. S’il n’y a plus « ni Grec ni Juif » (Ga 3, 28 ; Col 3, 11), mais seulement des « concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu » (Ep 2, 19), n’est-ce pas parce que l’identité nouvelle reçue en Christ relativise, sans les abolir, les identités anciennes ? Les identités collectives sont une nécessité anthropologique, mais elles se trouvent subverties et transfigurées par l’identité personnelle qu’est l’appartenance au Christ. »

Le pasteur et théologien Antoine Nouis, sur le site de Réforme, s’intéresse au terme « identité », mot « à la fois très beau et abominable ». « Il est beau, dit Antoine Nouis, lorsqu’il désigne la construction intérieure d’une personne. (…) Cela ne doit pas nous faire oublier qu’il arrive à l’identité de glisser vers l’identitaire et que ce mouvement s’accompagne trop souvent du rejet de celui qui est différent. L’histoire de ces dernières décennies nous a appris que les pires atrocités peuvent être commises au nom de la préservation de l’identité. » Avec Paul Ricoeur, qui fait la distinction entre mêmeté et ipséité, le théologien conclut ainsi :
« Notre identité est multiple, elle est faite de mêmeté et d’ipséité, elle est le fruit de la combinaison d’une multitude de données : notre origine, notre culture, notre langue, notre religion, notre histoire, nos rencontres… Chaque fois qu’une appartenance devient dominante au point de minimiser toutes les autres - qu’elle soit dans l’ordre de la mêmeté (nation, religion, classe) ou de l’ipséité suite à une conversion - nous sommes face à un danger de totalitarisme. Un passage du Talmud prévient le danger d’une exaltation de l’origine en affirmant à propos du roi : On ne doit pas nommer quelqu'un à la tête de la communauté s’il ne traîne pas à sa suite un panier de serpents, afin qu’on puisse lui dire, au cas où il se conduirait avec trop de morgue : « Regarde derrière-toi ». Chaque élément de notre identité doit demeurer en tension et en dialogue avec les autres. »

Nous avons là, à notre avis, des réflexions à prendre en compte dans un débat sérieux sur l’identité nationale. Mais veut-on vraiment un débat sérieux ? N’est-il pas plus facile de lancer des poncifs sur les Français et les étrangers et ceci dans un contexte de crise économique et à quelques mois des élections régionales ?

Evangélisation

DMtc121109.gifAutre débat, autre enjeu à l’Eglise catholique de France. A l’assemblée plénière des évêques à Lourdes, on a parlé, pour une fois, d’évangélisation et de « visibilité » de l’Eglise. Pratiquement toute la presse catholique en a parlé et, une fois n’est pas coutume, pour dire à peu près la même chose. Nous avons retenu l’article de notre confrère Philippe Clanché de Témoignage chrétien du 12 novembre pour une vue globale sur la rencontre des évêques. Lisez son article, car il résume l’essentiel, tout en mettant l’accent sur les préoccupations sociales des évêques.

Si vous voulez un article qui parle davantage de l’innovation nécessaire dans l’Eglise de France, lisez celui de notre consoeur Constance de Buor dans La Vie du 12 novembre. Elle évoque par exemple un rapport de Claude Dagens, évêque de d’Angoulême. Il est intitulé Indifférence, visibilité de l’Église et évangélisation. D’après la journaliste, ce rapport « est avant tout une invitation au discernement spirituel et à l’annonce : transmettre la foi, notamment à ceux qui, via les préparations au mariage, au baptême, les funérailles, sont en contact avec l’Église à des moments clés ; ou participer au débat public sur les questions anthropologiques et morales « de vie, de mort, d’amour, de confiance, de souffrance, de sens qui habitent tout être humain ». »

Mais que pense-t-on donc, dans la presse catholique en général, sur les aspects pratiques de ces expressions fétiches des évêques : « discernement spirituel », « transmission de la foi », « la communication »… ? Où faudrait-il aller concrètement ? Mystère. Que faire des conclusions des rapports de Claude Dagens (celui de 1996 sur « la proposition de la foi à la société » et celui de 2009) ? En aura-t-on plus ou moins de prêtres ou parlera-t-on différemment de l’évangile grâce à ces rapports et à ces réflexions en haut lieu ? C’est dans la vie des paroisses, des groupes de prière, des équipes locales que l’Eglise catholique s’invente et innove tous les jours. Certains évêques, dont Mgr Daucourt de Nanterre et Mgr Dubost d’Evry, cherchent à aider et à inspirer ces groupes de catholiques qui n’ont pas peur de vivre leur foi avec les faibles moyens dont ils disposent. L’enjeu – si enjeu il y a – est à ce niveau-là. Et pour celui qui veut savoir comment l’Eglise catholique entend « évangéliser » – ce mot que certains évêques ont enfin appris à prononcer à haute voix et sans trop de gêne - une visite sur des sites diocésains est beaucoup plus utile que la consultation de la presse catholique. Car la vie de l’Eglise, même la grande Eglise catholique, cela se passe avec le Saint Esprit dans le concret. Ce n’est donc pas d’abord un discours abstrait sur le respect de l’autre ou le nécessaire discernement.

Beaucoup de catholiques semblent considérer que le problème de l’Eglise n’est pas d’abord celui de l’évangélisation ou de la visibilité, mais plutôt l’attitude à adopter face aux défis du monde : morale privée, mondialisation, dialogue avec les autres religions, etc. etc. Ils parlent alors de Vatican II. Les évêques et les informateurs religieux (dont votre serviteur) aiment particulièrement se référer à ces constitutions dogmatiques, décrets et déclarations qui régissent la vie de l’Eglise. Il est sûr que ce Vatican II – cet immense aggiornamento de l’Eglise catholique qui réunit 2400 évêques, des experts et des observateurs extérieurs entre 1962 et 1965 – a utilement recentré l’Eglise catholique sur le Christ et sur l’Ecriture tout en l’ouvrant au monde et aussi à d’autres croyants. Mais pourquoi en parle-t-on tant chez les catholiques ? Quelle actualité au juste ? Si vous achetez le dernier hors-série de Croire Ajourd’hui intitulé Vatican II d’hier à aujourd’hui, vous aurez probablement des réponses. 60 pages avec des articles entre autres de l’évêque Albert Rouet et de théologiens majeurs comme Jean Rigal, Bernard Sesboüé et Christoph Theobald.
Reprenons ces mots d’Albert Rouet, qui donne son idée sur les enjeux de son Eglise :
« Jean XXIII annonçait aussi : ‘Aujourd’hui, l’Epouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité.’ Ces paroles sont-elles toujours d’actualité ? Il paraît clair qu’il nous faut revoir le mode de présence de notre Eglise au monde. Une parole qui vient d’en haut, qui n’est pas engagée dans un dialogue, qui se place en opposition à ce monde, ne peut plus être crédible. Ce type de parole peut s’entendre dans les choix économiques de quelques grands décideurs qui annoncent la fermeture d’une usine dans un pays. Mais on ne fait pas vivre l’Evangile sur ce mode-là. Ou bien on sort des exigences évangéliques. »
Albert Rouet ne dit pas pourquoi il écrit ces paroles assez fermes et qui il vise exactement. Mais il résume là un point de vue qu’il partage manifestement avec beaucoup d’intervenants dans ce hors-série et qui appartiennent à sa génération et à sa culture. C’est un document où la question précise d’évangélisation – communication de la Bonne nouvelle - n’est pratiquement pas abordée. Ce qui est également une marque d’une certaine génération et d’une certaine culture. Le théologien Christoph Theobald considère pourtant qu’ « il est urgent de proposer dans nos Eglises locales (sic) une image à la fois globale et précise de l’œuvre conciliaire et, surtout, d’en dégager une pédagogie de la conversion ». Il voudrait une « nouvelle pédagogie pastorale, parfaitement unifiée et fondée sur une triple pratique : la lecture des Ecritures, le discernement des ‘signes des temps’ (…) et l’accès à l’intériorité et au ‘colloque entre Dieu et l’homme’. » Vous l’aurez compris, c’est un texte – parmi d’autres - d’une grande profondeur qu’on ne peut que recommander. Ce hors-série permet de comprendre comment Vatican II a changé et continue de changer l’Eglise catholique. Un document qui pourrait enrichir les débats souvent stériles sur l’héritage et le respect de Vatican II.

Le nombre d’évangéliques
Terminons cette revue de presse
sur une longue précision et une mise au point importante. Nous avons beaucoup écrit sur l’importance relative des évangéliques dans le paysage protestant contemporain en France et ailleurs. Nous nous référons surtout à Sébastien Fath, qui fait de la recherche scientifique en cette matière délicate. Selon le dossier de La Vie sur les protestants le 22 octobre dernier, Fath a déclaré qu’il y en aurait « entre 400 000 et 600 000 sur le territoire ». Cette information a été reprise par de nombreux médias, dont Dieu-et-moi.com. Récemment, Sébastien Fath lui-même a démenti cette information en s’en prenant avec une certaine virulence au blog du journaliste évangélique Paul Ohlott parce que celui-ci a effectivement attribué ce chiffre à Fath. Le chiffre que Fath utilise est en réalité 400 000. Ayant découvert que l’erreur venait de La Vie, Fath a présenté ses excuses à Paul Ohlott qui les a acceptées. Ce qui honore les deux.

Il n’empêche, Paul Ohlott a fait l’objet d’une critique exagérée et de propos qui nous semblent diffamatoires quant à sa façon de travailler comme journaliste. On lui en voudrait notamment parce qu’il aurait le tort de militer en même temps pour un parti politique chrétien que certains s’acharnent à décrire injustement comme une formation de type « droite chrétienne américaine ». La « droite chrétienne américaine », c’est l’ogre pour beaucoup de Français, et Ohlott serait son représentant. Il nous serait difficile de critiquer négativement Sébastien Fath à qui nous devons tant, notamment pour son exactitude, son intégrité et son extrême pertinence. S’il a envie de mette en ligne des commentaires sur son blog qui ternissent la réputation d’un homme, c’est son affaire. Vive la liberté d’expression ? Quant à nous, il nous semble important de défendre et de dire du bien de Paul Ohlott, non parce qu’il aurait toujours raison, mais parce qu’il est un journaliste intègre qui défend avec ardeur des valeurs chrétiennes. Ce n’est pas contraire à la déontologie du métier de militer ouvertement pour un parti politique, aussi marginal soit-il. Bien au contraire. Nous apprécions son blog. Il attire bien plus de visiteurs que la plupart des sites comparables, dont celui-ci. Nous collaborons volontiers avec le site de Paul Ohlott, et nous l'admirons souvent pour son courage de dire à haute voix ce que beaucoup de chrétiens pensent tout bas. Et parfois, il nous énerve, notamment sur Barack Obama (à qui on va consacrer un article prochainement)… Mais nous ne pensons pas que son parti soit une émanation de la droite chrétienne américaine. Il n’est même pas comparable à celle-ci, à notre humble avis, après étude de ses idées. Puis, sur son blog, point de commentaires diffamatoires ou dégradants. C’est important pour un site qui se veut chrétien. Nous constatons par ailleurs que Paul Ohlott est un fin observateur du monde évangélique dont il fait partie. C’est pourquoi il a servi de source d’information privilégiée pour Patrice de Plunkett dans son remarquable livre sur ce courant chrétien. Le journaliste évangélique est aussi l’auteur de plusieurs livres d’entretien qui rendent de grands services à de nombreux informateurs religieux. Contrairement à bien des journalistes et des chercheurs, il ne refuse pas le débat. Et ça, c’est vital.
HL
Cet article a été mis en ligne le 14 novembre 2009.

 

Commentaires  

 
0 #1 Blaise 29-03-2010 15:32
Pour ma part, enfant j'étais très nationaliste. L'évènement déclencheur qui m'a conduit à rompre avec cette idéologie, c'est ma Confirmation. Entre la nation et le Royaume, il fallait choisir.
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