Dieu et Moi

Quelle « unité des chrétiens » ? Rencontres et débats…

Nous étions en « semaine pour l’Unité des chrétiens » du 18 au 24 janvier. Quelle unité ? Ecoutez ces rencontres sur Radio Notre Dame, lisez nos commentaires.

Lors de la semaine de prière pour « l’unité des chrétiens », nous avons été à la fois enchantés et interpellés par deux émissions sur Radio Notre Dame le 20 janvier. La première, menée par le journaliste Louis Daufresne dans le cadre du Grand témoin, était une rencontre entre l’évêque de Nanterre Gérard Daucourt et le pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante.
La deuxième émission, L’Eglise le débat, animée par Elodie Chapelle, était un débat consacré à un thème d’actualité : « Quelle est l’ampleur de la vague évangélique ? ». Pour l’animer, Radio Notre Dame a eu la bonne idée de faire appel à notre ami Patrice de Plunkett, journaliste catholique, blogueur de référence et auteur d’un des meilleurs livres sur les évangéliques. Face à lui, deux personnalités du monde évangélique français : notre confrère Paul Ohlott de Zemag et Actu chrétienne ainsi que Saïd Oujibou, pasteur évangélique itinérant et consultant en violence urbaine.

Dans les deux cas, des vrais échanges ont eu lieu autour de réalités qui évoluent. Ce n’était donc pas des discussions théologiques à dormir debout auxquelles on a trop l’habitude dans l’univers de l’œcuménisme institutionnel. Voici des chrétiens qui parlent de leur désir de comprendre l’autre, de leur besoin d’être compris et aussi, et c’est rare qu’on en parle sérieusement, de la nécessité d’évangéliser.
Ceux qui connaissent Mgr Daucourt et Claude Baty savent à quel point ils aiment cultiver les relations œcuméniques. Ils ont rappelé les paroles de Jésus dans l’évangile de Jean, chapitre 17 : « que tous soient un … pour que le monde croie ». Mais ils ont aussi rappelé qu’il y a des blocages théologiques importants, notamment autour de la conception de l’Eglise. Une conception qui est même « séparatrice », comme l’a rappelé Gérard Daucourt, en évoquant la communion hiérarchique, surtout avec le pape, et, bien sûr, l’eucharistie. Un protestant n’a pas la même conception de la communion. Pour lui, les mots de Jésus - « ceci est mon corps, ceci est mon sang » - donnent lieu à une Sainte Cène qui est une « communion spirituelle avec une présence spirituelle », selon Baty. Mais pas d’une « présence réelle ». C’est pourquoi un catholique qui communie dans une communauté protestante « n’exprime pas la foi de son Eglise », comme l’explique Gérard Daucourt. Telle est l’explication de l’impossibilité aujourd’hui de voir responsables catholiques et protestants communier ensemble. Et Claude Baty ne pense pas que le débat entre théologiens puisse faire évoluer ce blocage.
Mais, et c’est très important, il a dit sa prise de conscience dans deux domaines où tous les chrétiens peuvent se rencontrer : évangélisation et la lutte pour la justice.
Les grands enjeux pour toutes les Eglises sont là.
Dans le domaine de l’évangélisation, certaines Eglises réussissent mieux que d’autres. Les Eglises évangéliques en France sont souvent pleines alors que les églises catholiques et les temples luthéro-réformés protestants se remplissent moins facilement. Un lieu de culte évangélique est créé tous les dix jours en France. Il s’agirait particulièrement de communautés néopentecôtistes, c'est-à-dire des Eglises charismatiques où l’on insiste beaucoup sur la guérison, le miracle et parfois une prétendue « guerre spirituelle ». Or, la « vague évangélique » semble s’expliquer par un facteur plus simple et plus évident : le facteur humain et culturel. Dans les Eglises évangéliques, on parle très sérieusement de Dieu, on prie et on loue Dieu dans une forme contemporaine et avec authenticité et on s’intéresse vraiment à l’autre. Ce n’est pas forcément ainsi dans bien des paroisses catholiques et luthéro-réformées. Et c’est embêtant.
Les trois participants du deuxième débat ont très utilement développé ces aspects-là. Des arguments, des faits, des sentiments, parfois des propos inutiles, mais des échanges passionnants sur un thème important.
Merci donc à Radio Notre Dame, un des rares médias chrétiens à se donner la peine de faire réfléchir sur « l’œcuménisme » et la rencontre entre chrétiens d’aujourd’hui. Merci aussi aux participants de ces débats.

Le fait religieux chrétien change. Il fut un temps où les catholiques et les protestants évoluaient dans deux univers séparés. Aujourd’hui, ils se rencontrent de plus en plus. Surtout des catholiques vraiment convertis au Christ et des évangéliques (beaucoup plus que des catholiques libéraux et des protestants libéraux, qui, eux, ne bougent pas beaucoup).
Nous en parlons souvent sur ce cite car nous sommes une expression de cette évolution. Ce site a une dominante évangélique parce que la plupart de ceux qui y collaborent sont membres de différentes Eglises évangéliques. Mais nous sommes dans « l’interconfessionnalité ». L’unité entre chrétiens, ce n’est pas quelque chose que nous vivons seulement lors d’une rencontre entre responsables ecclésiastiques une fois par an. Nous la vivons pratiquement en permanence. Dieu est dans toutes les communautés tant que celles-ci expriment la seule Eglise que le Christ a instituée. Nous en avons la totale certitude. Pour le fondateur de ce site, il ne peut pas en être autrement. Il est baptiste, donc protestant évangélique. Son épouse est catholique. Leurs enfants sont baptisés. Nous sommes ensemble, tout le temps, en Christ. Et avec nos amis chrétiens, qu’ils soient catholiques, protestants ou orthodoxes, nous sommes en Christ. L'unité entre les chrétiens est en Christ. Nous qui sommes en lui forment son Eglise indivise. Nous devons avoir nos deux pieds dans une Eglise locale : catholique, protestante, orthodoxe ou d'autres courants encore. Mais il est important de savoir que l'unité n'est pas et ne peut pas être dans une institution humaine, aussi tolérante, biblique, intelligente, gentille (choisissez le terme qui vous convient) soit-elle. C'est même très manifeste si vous regardez de près le fonctionnement de l'Institution catholique romaine, le Conseil oecuménique des Eglises ou n'importe quelle institution ecclésiastique... Mais ensemble nous pouvons évangéliser. Si vous avez des doutes, restez branchés sur ce site, consultez l'association Alpha, allez à Taizé, allez prier avec Paris Tout est Possible de Carlos Payan et d'autres associations interconfessionnelles et vous verrez. Ensemble, nous devons - et ce n'est pas une option nous semble-t-il - oui nous devons travailler pour la justice de Dieu (ou la "justice sociale", comme on dit maintenant, mais une justice élargie à des questions qui touchent toute l'éthique chrétienne). Tout le reste - nos conceptions de l'Eglise, des ministères, de la communion, du sacré et des saints, etc. - n’est pas sans intérêt, mais secondaire.
Henrik Lindell
Cet article a été mis en ligne le 20 janvier et réactualisé le 26 janvier 2010.