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Le service public de France Info sur les évangéliques PDF Imprimer Envoyer
Les évangéliques sont à l’honneur sur France lnfo le 3 février grâce à un bon reportage (écouter ici). Alors que l’AFP, Libération, Paris Match… ne comprennent rien sur le même sujet.

Est-ce que les médias nous comprennent ? Est-ce qu’ils nous aiment ? Ce sont deux questions que les évangéliques se posent parfois. Et la réponse qui s’impose est généralement négative. Les journalistes, eux, qu’ils soient généralistes ou informateurs religieux, ne sont pas - ou ne devraient pas être – dans une telle logique manichéenne. L’angle ne devrait jamais être « les évangéliques sont des gens bizarres » ou « mettons en avant tout ce qu’on n’aime pas chez les évangéliques ». Heureusement, les journalistes dignes de ce nom ne fonctionnent pas ainsi, n’est-ce pas ? Ils sont sérieux, ils se concentrent sur l’essentiel. De toute évidence, les évangéliques sont correctement traités dans les médias…
Non ?
Non.

L’auteur de ces lignes, lui-même journaliste professionnel, a consacré des dizaines d’articles à ce phénomène. Avec une sainte colère, il a dénoncé des collègues qui répandent des âneries sur les évangéliques (ou des catholiques). Et tant pis pour le corporatisme du métier ! Une fois, il a même envoyé une lettre de protestation à un grand informateur religieux dans un grand quotidien qui avait expliqué que la persécution antichrétienne en Algérie était somme toute compréhensible (1). La réponse haineuse du grand journaliste de référence nous a donné une raison supplémentaire de penser que les évangéliques sont vraiment mal compris et peu appréciés par l’élite intellectuelle.

Inexactitudes

Mais les Français en général et donc certains journalistes découvrent les évangéliques. Ces chrétiens font de plus en plus de disciples. 450 000 membres officiels aujourd’hui contre dix fois moins il y a un demi-siècle. Et cela a un effet positif sur l’information les concernant. Fini le temps où le Nouvel Obs pouvait titrer en une : « Les évangéliques, la secte qui veut conquérir le monde ». On ne voit plus de reportages à scandale sur TF1 consacrés aux dangereux « prosélytes évangélistes » qui improviseraient des « cultes secrets » dans des garages en banlieue parisienne. Les évangéliques eux-mêmes commencent à réagir contre les mensonges proférés à leur égard. Quant aux journalistes catholiques et protestants « historiques » qui aimaient tant traiter les évangéliques d’allumés et de « fondamentalistes », ils se renseignent désormais (en général).
Aujourd’hui, les inexactitudes sont donc moins grossières. Si le journaliste ne connaît pas ou n’aime pas les évangéliques, il se contente de le faire sentir à travers un vocabulaire inapproprié et/ou péjoratif. Il dit « secte » au lieu d’ « Eglise », « évangéliste » au lieu d’
« évangélique », « fondamentaliste » au lieu de « bibliciste ».
Ainsi un reportage très moralisateur paru le 1er février dans Le Figaro sur les dix baptistes américains qui avaient essayé d’installer illégalement 33 enfants haïtiens dans un centre d’accueil en République dominicaine. « Evangélistes » assimilés à des « sectes », ces Américains sont certainement naïfs et critiquables, mais ils sont issus de différentes Eglises évangéliques baptistes américaines qui n’ont rien de sectaire. Elles sont membres de la Convention des Eglises baptistes du Sud, qui est la plus grande fédération d’Eglises aux Etats-Unis. Les Américains arrêtés plaident l’erreur humaine, d’une façon que nous jugeons plutôt crédible. Mais un évangélique a-t-il le droit à l’erreur ?
Autre domaine où la presse généraliste aime beaucoup s’en prendre aux évangéliques et aux chrétiens en général : la guérison. C’est d’autant plus gratifiant que ces évangéliques-là sont souvent pentecôtistes. Ils parlent en langues. Ce qui est tout simplement trop bizarre, too much, pour la plupart des journalistes formés aux valeurs matérialistes de nos médias. Une journaliste de l’AFP a ainsi fait une « enquête » sur le sujet publiée le 30 janvier par Libération, un quotidien national qui se distingue par son inculture en matière religieuse. Sous le titre « Les ‘prophètes-guérisseurs’ prospèrent en Europe » (ah bon ?), l’article explique non pas la prospérité évoquée dans le titre, mais le fait que des prêtres et des pasteurs qui affichent des dons de guérison suscitent parfois des doutes au sein de l’épiscopat français. Du coup, ce dernier appelle au « discernement ». Ce qui n’est pas vraiment un scoop... Pour le reste, le texte ironise amplement sur le besoin de guérison. C’est apparemment le véritable objectif. La journaliste explique : « De la Pologne au Portugal, de la Suisse à la Belgique, des hordes de blessés de l'âme ou du corps, aspirant au miracle, se pressent aux rassemblements très émotionnels de ces "nouveaux prophètes".
Le prêtre catholique indien James Manjackal, venu à Rouen cet automne, stopperait les cancers, le pasteur parisien Carlos Payan, l'anorexie. »

La dernière phrase est tout simplement fausse. Carlos Payan n’est pas du genre à prétendre stopper l’anorexie. Il ne le pourrait pas, car ce n’est pas dans son pouvoir. C’est Dieu qui guérit et le pasteur Payan est le premier à insister là-dessus. Il ne pense pas non plus être un « nouveau prophète ».
Puis il y a cette phrase admirable de la journaliste : « Les guérisons ont un coût, si l’on en juge par les quêtes et les appels réitérés de Carlos Payan à ‘semer plus pour récolter davantage’. Et la vente de livres, DVD, ou ‘huiles miraculeuses de Jérusalem’, ne sont sûrement pas pour rien dans cette manne céleste aux voies impénétrables. »
Ceux qui connaissent Carlos Payan, et c’est notre cas, ne peuvent qu’être choqués par cette insistance de la journaliste sur l’aspect financier. Comme si Carlos développait un business autour de son don. En réalité, Carlos se déplace et prie bénévolement pour les malades. Il a certes une voix forte, un charisme fou, de l’humour et un style très décontracté, mais il est un exemple d’humilité. Lisez notre interview de lui ici, un des articles les plus lus sur ce site.
En réalité, Carlos Payan se distingue de nombre de prêtres et de pasteurs bien-pensants qui gagnent bien leur vie à écrire des livres attendus et insignifiants. Il ne fait pas non plus comme ces psys et maîtres à penser athées qui gagnent des millions et que les journalistes nihilistes de Libération aiment encenser.
Mais puisque Carlos Payan est évangélique, et charismatique en prime, la critique gratuite et l’amalgame avec les charlatans ne posent aucun problème déontologique. L’article écrit par Annick Benoît, de l’AFP, a été repris par Libé, mais aussi des quotidiens comme Nice-Matin et Corse-Matin. Lisez ici la réaction du journaliste évangélique Paul Ohlott, qui a écrit un livre d’entretiens avec Carlos Payan que nous vous recommandons vivement.

Merci Seigneur pour France Info

Comme nous l’avons indiqué, ces exemples ne doivent pas faire oublier l’essentiel. L’information sur les évangéliques est de plus en plus précise et neutre dans nos grands médias. Parfois elle est même positivement stimulante. France Info, une des principales stations de Radio France, a fourni un exemple spectaculaire le 3 février. C’est un reportage fait par le journaliste Sébastien Baer. Comme tant d’autres journalistes qui découvrent l’évangélisme à la française, dont une journaliste de Paris Match il y a quelques semaines, il a fait le voyage de Mulhouse pour se rendre à la Porte ouverte chrétienne. Mais contrairement à la dame du Match, égarée dans le sensationnalisme, Baer a vraiment profité de sa visite dans la célèbre megachurch charismatique de 2000 membres. Et c’est tant mieux, car c’est une église où « toutes les classes sociales sont représentées », comme il l’explique. Il est par ailleurs frappé par « le nombre de guérisons miraculeuses que l’on entend ». Un ancien moniteur d’auto-école qui s’appelle Claude Christophe, membre de la POC, lui explique qu’il a vu « des gens transformés, libérés de la drogue et de l’alcool, des gens libérés de maladies parfois graves », etc. etc. On comprend surtout pourquoi cette Eglise attire plus de monde que l’Eglise catholique. Claude explique : « à l’église catholique, je n’ai rien vu, je n’ai rien vécu ». Une des clés du succès des évangéliques est là et Sébastien Baer l’a bien compris.
Mieux, le journaliste laisse les personnes parler. Il écoute notamment le pasteur Jean-Marie Ribay, qui explique longuement qu’à la Porte ouverte, la porte est vraiment ouverte. On peut donc partir si on n’est pas content. Baer ne porte pas jugements. Il n’utilise pas de mots péjoratifs. Au contraire, il insiste même sur le caractère non sectaire des mouvements évangéliques, en se référant à la Miviludes, la mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires. Mais il n’oublie pas – et il a raison - que certaines Eglises isolées connaissent parfois des dérives. Pour en savoir plus, il s’est renseigné auprès du principal expert du protestantisme évangélique, Sébastien Fath. Il a aussi interviewé Claude Baty, lui-même évangélique et président de la Fédération protestante, mais souvent très critique vis-à-vis des pasteurs pentecôtistes autoproclamés. C’est d’ailleurs Claude Baty qui prononce la phrase la plus dure (mais vraie) à l’égard des dérives possibles chez les évangéliques.
C’est un excellent reportage. Et le développement autour du reportage sur le site de France Info est génial. Il y a des photos, des textes explicatifs, des références (à Fath et au livre de notre ami catholique Patrice de Plunkett). Les longues interviews du pasteur Ribay, de Claude Christophe (membre de la POC) et de Sébastien Fath sont des exemples à utiliser dans les écoles du journalisme. Vous pouvez les écouter en vous rendant sur le site de France Info. C’est du service public. Et une leçon de journalisme. Enfin.
Encore quelques reportages comme ça dans les grands médias et nous cesserons de râler contre nos confrères. Promis.
HL
Cet article a été mis en ligne le 3 février 2010.


1. Selon une thèse largement répandue par des observateurs « sérieux » l’été 2008, les chrétiens évangéliques en Algérie étaient inspirés par l’horrible droite chrétienne américaine. Leur prosélytisme était tellement agressif que les islamistes auraient en quelque sorte eu raison de s’en prendre à eux. Les victimes étaient responsables des crimes commis par leurs bourreaux. Il était par ailleurs admis que l’Algérie devait rester musulmane. Quelques milliers de chrétiens menaçaient cette Algérie musulmane dans son « islamité ». Des chrétiens « légitimes », seuls les catholiques et protestants étrangers et silencieux (en guise du « respect de l’autre ») devaient rester. C’était « l’analyse ». Et c’était à la fois ridicule, faux et moralement abjecte. La preuve : beaucoup de musulmans engagés dans l’opposition démocratique ont pris la défense de leurs amis chrétiens évangéliques.
En vérité, pour la première fois depuis des siècles, une communauté de chrétiens autochtones, et non des Américains bushistes, commence à prendre forme. (Voici ce que nous avons écrit l'été 2008 à ce sujet. Attention article long et passionnel !) Ces chrétiens, en grande majorité évangéliques, sont victimes d’une persécution religieuse contraire aux conventions des droits humains. Quelle est l’idéologie ou le filtre qui empêche de voir et de dire cette réalité-là ? Pourquoi certains catholiques ne veulent-ils pas que des Algériens se convertissent au Christ ? Et, surtout, comment le journal Le Monde, puisque c’est lui qui a relayé toutes ces très mauvaises analyses, a-t-il pu tomber dans le piège de la propagande gouvernementale algérienne ? Cela ne nous semble pas très professionnel.
Le Monde – et c’est un abonné de longue date qui parle – ne raconte plus de bêtises aussi grossières sur l’Algérie. Mais il se fourvoie souvent dans des critiques antireligieuses stupides. Le journaliste Patrice de Plunkett a relevé ce phénomène en étudiant un article du Monde sur Tony Blair, absolument scandaleux à l’égard des croyants chrétiens en général et des catholiques en particulier. A lire ici.

 

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