Dieu et Moi

L'actualité de Martin Luther King

Sample ImageRevue de presse à l’occasion du 40ème anniversaire de l’assassinat de Martin Luther King. Aux Etats-Unis, comme en France, la presse constate que le racisme est toujours là, mais la situation évolue dans le bon sens. La popularité de Barack Obama en est un signe. Le message de réconciliation de King est plus que jamais d’actualité.

 

4 avril 1968. Le leader noir, Prix Nobel de la Paix, est mort assassiné par un raciste. 40 ans après, son nom est connu dans le monde entier. Son combat pour les droits civiques aux Etats-Unis est évoqué dans les manuels scolaires. Pour une grande partie des chrétiens, ce pasteur baptiste était un prophète, un porte-voix de Dieu.
A cette occasion, on peut d’abord constater que contrairement à la presse généraliste non confessionnel, la presse chrétienne aborde largement les aspects historiques - donc spirituels et religieux - du personnage. Ainsi et surtout les hebdomadaires Réforme et Témoignage chrétien, datés tous les deux du 3 avril. Le premier, protestant, via l’excellente plume de Marie Lefebvre-Billiez, évoque le « leader spirituel de la nation noire ». Dans ce même dossier, on trouve aussi un descriptif des différentes initiatives visant à perpétuer la mémoire de King.  Témoignage chrétien, lui, consacre pas moins de huit pages au « prophète moderne ». Préparé par l’auteur de cet article, le dossier contient entre autres une longue interview de Christian Delorme. Ce prêtre catholique est connu pour son engagement dans les banlieues pauvres et dans le dialogue islamo-chrétien. Il est très marqué par le modèle de Martin Luther King, qu’il a vu à Lyon en 1966. Le père Delorme nous a notamment expliqué que King a été un des premiers « à rendre actuelle la figure du prophète biblique ». Citons ce passage dans l’interview, où Delorme révèle sa propre compréhension biblique du monde, si proche de celle de King : « En lui, on retrouve Moïse. On l’appelait d’ailleurs le ‘Moïse noir’. Il évoque aussi Amos, le prophète qui crie l’exigence de justice au nom de Dieu et au nom des pauvres. A cela, il faut ajouter la même dimension universaliste que Paul de Tarse. En plus, King a, comme le prophète Esaïe, la vision du monde à venir, la Terre promise Sample Imagecéleste où tous les peuples seront rassemblés. Il rappelle lui-même l’exigence du prophétisme. C’est très important. Nous devons en effet être prophètes quand nous sommes confrontés à des situations d’injustice. »
Un autre regard est proposé, toujours dans le dossier de Témoignage chrétien, par le sociologue, essayiste et prédicateur mennonite Frédéric de Coninck. A la question : « Qu’a Martin Luther King à nous dire sur notre société en 2008 ? », il répond par une autre question : « Croyons-nous encore à la force de l’amour de l’ennemi ? Au niveau international les démarches de médiation ont gagné en légitimité. Mais dans notre vie de tous les jours, la croyance dans l’efficacité du rapport de force et de la violence a gagné du terrain. » Puis il dit : « Je rêve à une crise des banlieues qui s’exprimerait par une protestation non violente. »
Signalons enfin plusieurs textes sur King dans le numéro d’avril de Christianisme aujourd’hui, mensuel protestant évangélique de référence. Il faut surtout lire un papier original sur le « lourd héritage » pour les enfants de King, ainsi que les souvenirs du pasteur baptiste français Robert Somerville. Ce dernier a rencontré et traduit King quand celui-ci était de passage à Paris en 1965.
Revenons maintenant à la presse profane. Elle constate, en France, comme aux Etats-Unis, que la lutte de Martin Luther King pour la justice et contre la discrimination est loin d’être gagnée. Mais, et c’est important, la situation sociale concrète des Noirs, par exemple, évolue lentement mais positivement. Quant aux représentations mentales, les choses sont en train de changer sous nos yeux avec la popularité grandissante du métis Barack Obama, unique sénateur noir. Celui-ci, membre d’une Eglise protestante très engagée dans la lutte contre les injustices sociales, se réfère souvent à Martin Luther King. Il s’en inspire directement en rejetant le fatalisme. Bien des prédicateurs noirs, notamment celui de l’Eglise d’Obama, font hélas comme si le racisme aux Etats-Unis était une donné naturelle. Obama, lui, mise sur l’idée que le progrès est possible si, mais seulement si, on combat les injustices sociales et économiques ensemble. « J’ai la ferme conviction que c’est en travaillant ensemble que nous pourrons aller au-delà des vieilles blessures du racisme », a-t-il déclaré le 18 mars à Philadelphie lors d’un discours qu’il faut bien considérer comme historique : « A more perfect Union ». Il a, à juste titre, été mis en avant par une grande partie de la presse, notamment Le Monde, comme un héritage concret de Martin Luther King. Obama non seulement se réfère à lui et à la Bible, mais il est aussi bon orateur que King. Il possède cet art précieux de susciter le consensus. Il fait appel aux valeurs positives comme le partage, la justice, la solidarité. Ce n’est certainement pas par calcul politicien que l’ancien président Jimmy Carter, Prix Nobel de la Paix et protestant évangélique très engagé dans son ESample Imageglise, a décidé de soutenir finalement la candidature de Barack Obama. C’est la première fois depuis 28 ans qu’il soutient un candidat à la nomination. Oui, quarante ans après la mort de Martin Luther King, les représentations mentales ont drôlement changé. Voter pour un Noir, ce n’est plus une question d’identité ou d’affirmative action. C’est devenu, presque, une question purement politique liée aux opinions du candidat.
A la rigueur, la France semble en retard sur les Etats-Unis. Pour discuter de ces choses-là, pour vous renseigner sur l’actualité du message de Martin Luther King et aussi sur son combat prophétique, nous vous conseillons de consulter l’association française qui porte son nom et qui propose son aide pour l’organisation des expositions sur le pasteur noir : Martin Luther King 40 ans après. Pour en savoir plus, lisez notre article consacré à cette association. Et pour savoir s’il y a un lieu d’exposition près de chez vous, rendez sur le site consacré à King en cliquant ici.
Henrik Lindell

Cet article a été mis en ligne le 4 avril 2008.