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La Cène du Seigneur (2). L'eucharistie catholique PDF Imprimer Envoyer

Sample ImageQuelle signification Jésus a-t-il voulu donner à son dernier repas, la Cène ? Qu’est-ce que l’eucharistie ? Après un article de sensibilité protestante évangélique, nous continuons notre série sur la Cène avec un regard catholique. Bernard Rivière, prêtre catholique et chroniqueur à l’hebdomadaire Témoignage chrétien, a bien voulu nous aider avec ce texte à la fois pédagogique et personnel. Un témoignage d’un homme de foi ouvert sur le monde.

Photo : Le dernier repas, Cathédrale de Waterford


Comme il est dommage que ce qu’il est courant d’appeler l’Eucharistie (merci, actes de grâces), soit source de scandale et de divorce entre les Eglises et tout particulièrement entre les Eglises issues de la Réforme de Luther (milieu du XVIème siècle) et l’Eglise de Rome !

Ce repas de la Cène nous est raconté par les 3 évangélistes (Matthieu 26.26 – Marc 14.22 – Luc 22.19), puis par Paul (1 Co 11.23). Jean, dont l’évangile ne sera écrit qu’une trentaine d’années après les autres, nous livre ce merveilleux chapitre 17, appelé couramment la « Prière sacerdotale » - (« Que tous soient un ») - placé juste avant le récit de l’arrestation de Jésus. De la même façon, les autres évangélistes situent le récit de la Cène au moment où la trahison de Judas est imminente, donc là encore juste avant l’arrestation. Ces choix ne sont pas le fait du hasard.

Le mystère chrétien, si j’ose dire, se résume simplement en l’acte même de l’Incarnation de Dieu en la personne de Jésus venu sur terre et en l’acte de la Croix-Rédemption, communément appelé Incarnation-Rédemption. Dieu se fait homme pour que l’homme devienne Dieu (Saint Irénée de Lyon, IIe siècle, et Saint Athanase, IVe siècle). « Il est grand le mystère de la foi », proclament les catholiques à chaque célébration. Il transcende notre entendement humain et éclaire le mystère de l’homme. Dieu ne reste pas « dans le ciel », intouchable, inatteignable, reclus sur son Olympe, mais il est devenu homme comme nous et, au-delà de la mort, il est toujours vivant. Lisez par exemple Luc 24.13 où il est question de l'apparition de Jésus aux pèlerins d’Emmaüs puis aux apôtres. Jésus dit : « Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ; un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai. » Telle est la « folie de Dieu » (1 Co 1.24).

Comme devant tout mystère, et il est bon qu’il en soit ainsi, les hommes s'interrogent, cherchent à plonger aussi loin que possible dans les questions sans fin qui se posent.

Le repas de la Cène est directement lié au mystère de l’Incarnation-Rédemption. Répétons-le, Dieu fait homme qui, par la Croix et la Résurrection, transforme radicalement la nature humaine et la fait semblable à Lui. Déjà le livre de la Genèse prophétisait : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme » (Gn 1.27). Paul, dans l’épître aux Colossiens (Col 1.17 et suivants) : « Jésus, Premier-Né d’entre les morts… réconcilie tous les êtres… »Sample Image

Photo : Le dernier repas par Andy Warhol. Vers la fin de sa vie (1986-87), le célèbre artiste américain, à la vie mouvementée, faisait une série de dessins sur la Cène.

 

 

 

 

A la Cène, comme quelques heures plus tard sur la Croix (« Tout est accompli », Jean 19.30), Jésus se donne aux hommes, à tous les hommes. Lorsqu’il dit « Ceci est mon Corps, Ceci est mon Sang », il ne fait pas de la théologie, il énonce une vérité incompréhensible, mais bien réelle : « Vous êtes mon Corps, vous êtes mon Sang. » Il semble dire : « C’est maintenant et pour toujours que je vis en vous, en chacun de vous et en vous tous, qui, partageant cette même foi en moi vivant en vous, êtes l’Eglise. » Il dit aussi « Faites ceci en mémoire de moi ». Et « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mat. 18.20).

Devant une réalité aussi grande que ce mystère d’amour de Dieu pour l’homme, les communautés chrétiennes disciples du Christ ont vécu pendant des siècles en contemplant et rendant grâces. Ce n’est qu’au Moyen Age, mais principalement à partir du XIe siècle seulement que des questions se sont posées sur ce que pouvait bien dire « ceci est mon Corps, ceci est mon Sang ». La théorie de la «  transsubstantiation » est née autour et avec Saint Thomas d'Aquin.  Elle deviendra dogme de l’Eglise romaine au Concile de Trente, en réaction contre la Réforme en Occident (1551) : « Si quelqu'un nie que le Corps et le Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, avec son Âme, et la Divinité, et par conséquent Jésus-Christ tout entier, sont contenus véritablement, réellement, et substantiellement au Sacrement de la Très-Sainte Eucharistie ; mais dit qu'ils y sont seulement comme dans un signe, ou bien en figure, ou en vertu : qu'il soit anathème. »

Que signifie cette fameuse « transsubstantiation » ? Dans la messe catholique, l’actualisation du sacrifice se traduit par la consécration du pain et du vin, qui deviennent le corps et le sang du Christ. Cette transformation porte le terme de transsubstantiation (le pain et le vin changent de substance et non de nature). En d’autres termes, là où l’on voit les apparences de pain (couleur, matière, goût etc), ce pain sur lequel la parole « Ceci est mon Corps » est prononcée par le prêtre ou l’évêque n’est en réalité plus du pain, mais Corps du Christ. Lorsque le célébrant prononce ces mots, pense-t-il à la transsubstantiation, ou bien, voyant le peuple de Dieu devant et avec lui, ne dit-il pas, en le regardant avec foi, comme Jésus avec les disciples, « Ceci est mon Corps, vous êtes mon Corps » ?

Cette Cène du Jeudi Saint est partie intégrante du mystère de Dieu incarné et Sauveur. Ce mystère est ma foi, qui croit, qui doute et qui croit à nouveau. Ma foi en ce Dieu vivant m’invite à regarder l’autre, tous les autres comme Dieu les aime. Par eux, par le mystère de Dieu en eux, je peux m’approcher du mystère même de Dieu. Partageant le pain avec d’autres croyants en faisant mémoire de Lui, je renouvelle à ma place d’homme l’acte du Christ ; en vivant en charité avec les hommes, n’importe quel homme, je crois Dieu présent et manifesté, aimant en lui. En communiant avec mes frères dans la foi, je grandis dans la foi et fais grandir la foi de toute l’Eglise. Je suis membre de l’Eglise Corps du Christ (Ephésiens 1.22), donc Corps avec elle.

Sample ImageAu-delà des mots et des querelles, puissions-nous, croyants du XXIe siècle, vivre la Parole du Christ. « Que tous soient un », rassemblés dans une même et profonde communion. La Cène célébrée ensemble est signe et réalité de cette unité réalisée une fois pour toutes en même temps qu’en devenir. Laissons derrière nous les querelles byzantines qui, me semble-t-il, ne correspondent guère à ce que la foi nous invite à vivre.

Bernard Rivière

Prêtre retraité, responsable du billet évangélique chaque semaine dans Témoignage chrétien

Cliquez ici pour lire notre premier article sur la Cène par David Boydell.

A lire : Sur l’eucharistie catholique, vous trouverez facilement des livres pertinents dans n’importe quelle librairie religieuse. Pour vous qui êtes exigeants, nous recommandons le dernier ouvrage de Bernard Sesboüé, un des rares théologiens catholiques français de renommée internationale : Invitation à croire. Des sacrements crédibles et désirables (Cerf, 32 euros, 354 pages). Il explique « l’économie sacramentelle » dans son Eglise en montrant notamment comment les sacrements, « fondés dans la personne du Christ », font l’Eglise. Puis il passe en revue tous les sept sacrements catholiques : baptême, confirmation, eucharistie, réconciliation, onction des malades, ordre (ministères) et mariage. C’est un livre dont le but explicite est de proposer des sacrements « séduisants ». D’après Sesboüe, l’eucharistie serait le « sommet des sacrements » et y consacre 65 pages très denses.
Donc, à tous les protestants bien cérébraux et à tous les intellos qui n’ont pas encore compris la vision catholique des choses, voici ce qu’il y a de mieux pour vous. A titre d’hypothèse, les catholiques pourraient aussi en profiter. Mais préparez-vous à un sacré voyage intellectuel quand même. Voici un livre qui rend intelligent. H.L.

Les photos proviennent de flickr.com. Elles ont été prises, dans l'ordre, par : Fergal Op, Ydshu et Sam Rich.

Cet article a été mis en ligne le 11 février 2009.

 

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