Daniel Hillion, S.E.L. | Soyons théocentriques !
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Dans l’évangile de Luc, Jésus dit : « Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. » Dieu veut-il donc nous empêcher de « profiter de la vie » ? Non, Jésus dit que l’on ne dépend pas de ses richesses matérielles, mais de Dieu. Lui prend soin de nous et nous incite à faire des œuvres bonnes. Pour mieux vous faire comprendre, voici un message extraordinaire de Daniel Hillion, responsable des relations publiques au Service d’Entraide et de Liaison (S.E.L.), association protestante de solidarité internationale.
Ce texte est une prédication de Daniel Hillion faite à l’Eglise baptiste évangélique de Massy (Essonne) le 8 février 2009. Ce document précieux explique, avec peu de mots, des choses difficiles et essentielles. Vous y trouverez condensés des éléments fondamentaux, propres au christianisme. Alors, si vous fonctionnez comme nous, vous êtes susceptibles de vouloir utiliser ce document dans votre enseignement. A ce titre, n’oubliez pas de faire référence à Daniel et au Service d’Entraide et de Liaison, une association protestante utile et efficace. Elle soutient des projets de développement communautaires, permet de parrainer un enfant et mène des campagnes de sensibilisation. Elle change concrètement le monde.
Lecture : Evangile de Luc 12.13-21
« Quelqu’un de la foule dit à Jésus : Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. Il répondit à cet homme : Qui m’a établi sur vous pour être juge ou faire des partages ? Puis il leur dit : Gardez-vous attentivement de toute cupidité ; car même dans l’abondance, la vie d’un homme ne dépend pas de ce qu’il possède. Et il leur dit une parabole : La terre d’un homme riche avait beaucoup rapporté. Il raisonnait en lui-même et disait : Que ferai-je ? car je n’ai pas de place pour amasser mes récoltes. Voici, dit-il, ce que je ferai : j’abattrai mes greniers, j’en bâtirai de plus grands, j’y amasserai tout mon blé et mes biens et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois et réjouis-toi. Mais Dieu lui dit : Insensé ! cette nuit même ton âme te sera redemandée ; et ce que tu as préparé, à qui cela sera-t-il ? Il en est ainsi de celui qui accumule des trésors pour lui-même, et qui n’est pas riche pour Dieu. »
Ce texte commence par une interpellation sur un sujet qui a pourri la vie de bien des familles : une querelle d’héritage. Un homme se plaint – à tort ou à raison, le texte ne le dit pas – que son frère refuse de partager l’héritage. Et cet homme vient faire appel à l’autorité du « Maître » qu’est Jésus pour exercer une pression sur son frère.
A cette occasion, Jésus raconte une parabole qui touche aux orientations les plus profondes de notre vie. Elle nous parle du jugement que l’Ecriture porte sur le genre de personnes que nous sommes. Soit des « insensés » qui « accumulent des trésors pour eux-mêmes », soit des personnes qui sont « riches pour Dieu ».
Voici un homme qui a un projet : il est riche et il décide de prendre de très longues vacances : « … je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois et réjouis-toi. »
Je vous avoue que quand je lis ces paroles, je me dis : si seulement je pouvais en faire autant… Me reposer – enfin ! – et profiter de la vie autant que possible.
Qu’est-ce qui ne va pas dans l’attitude de cet homme ? Est-ce que Dieu est contre le fait que quelqu’un se réjouisse ou profite de conditions de vie agréables ? Le texte ne dit pas cela. Le texte dit que cet homme est un insensé parce qu’il n’a pas tenu compte du fait qu’il allait mourir un jour et que « même dans l’abondance, la vie d’un homme ne dépend pas de ce qu’il possède ». Cet homme a cru qu’avec ses bonnes récoltes il avait atteint son but dans la vie. Il a dû se dire quelque chose du genre : maintenant ma vie est entre mes mains, je contrôle les choses et je peux faire ce qui me fait plaisir. Je suis en mesure de faire ce que je veux, comme je veux : « … et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois et réjouis-toi. »
Le grand absent de cette parabole, c’est l’ « autre », c’est le prochain. A aucun moment, l’homme riche n’envisage de faire profiter quelqu’un d’autre que lui de tous les biens qu’il possède.
L’apôtre Paul a écrit un texte qui éclaire ce passage de l’Evangile :
« Recommande aux riches du présent siècle de ne pas être orgueilleux et de ne pas mettre leur espérance dans des richesses incertaines, mais de la mettre en Dieu qui nous donne tout avec abondance pour que nous en jouissions. »
Richesses incertaines
Le riche de notre parabole a oublié que les richesses matérielles sont des richesses incertaines. Il ne faut pas s’appuyer sur elles ou bâtir notre avenir en mettant notre espérance en elles. Tout cela n’est qu’une forme d’orgueil : je me suffis à moi-même parce que je suis riche. Je fais ce que je veux de ma vie. Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois et réjouis-toi.
Pourtant les biens nous viennent de Dieu et Dieu veut que nous en profitions : « Dieu […] nous donne tout avec abondance pour que nous en jouissions. » Cela confirme ce que je disais sur le fait que le riche de la parabole n’est pas condamné pour avoir voulu se réjouir ou profiter de conditions de vie agréables. Mais le texte de Paul continue et donne des précisions d’une importance capitale :
« Qu’ils fassent le bien, qu’ils soient riches en œuvres bonnes, qu’ils aient de la libéralité, de la générosité, et qu’ils amassent ainsi un beau et solide trésor pour l’avenir, afin de saisir la vraie vie. »
Ceux qui sont riches matériellement – les « riches du présent siècle » – doivent rajouter à leur richesse matérielle, une richesse en œuvres bonnes. Ils doivent profiter de leurs richesses pour faire le bien, pour inclure leur prochain dans leur vie au lieu de l’exclure de leurs pensées comme l’a fait l’homme riche de la parabole – peut-être même sans s’en rendre compte. Ceux qui deviennent ainsi riches en œuvres bonnes sont « riches pour Dieu », ils « amassent ainsi un beau et solide trésor pour l’avenir, afin de saisir la vraie vie ».
Ce qui est en cause dans notre passage, ce n’est pas le fait d’avoir oublié de faire un chèque à une association caritative ou de ne pas avoir pris du temps pour méditer sur la mort – quoiqu’il s’agisse de deux choses utiles. C’est sur toute l’orientation de ma vie, sur ce qui me motive, sur ce que je suis et ce que je crois concernant Dieu que Jésus veut nous interpeller. Nous allons le constater en lisant la suite du passage de l’Evangile :
Lecture : Luc 12.22-34
« Jésus dit ensuite à ses disciples : C’est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous serez vêtus. Car la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement. Considérez les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’ont ni cellier, ni grenier ; et Dieu les nourrit. Combien ne valez-vous pas plus que les oiseaux ! Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie. Si donc vous ne pouvez pas même la moindre chose, pourquoi vous inquiétez-vous de ce qui reste ? Considérez comment croissent les lis : ils ne travaillent ni ne filent cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Si Dieu revêt ainsi l’herbe qui existe aujourd’hui dans les champs et qui demain sera jetée au four, ne le fera-t-il pas, à plus forte raison, pour vous, gens de peu de foi ? Et vous, ne cherchez pas ce que vous mangerez ni ce que vous boirez, et ne vous tourmentez pas. Car tout cela, ce sont les païens du monde qui le recherchent. Votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez plutôt son royaume ; et cela vous sera donné par surcroît. Sois sans crainte, petit troupeau ; car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume. Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, où il n’y a pas de voleur qui approche, ni de mite qui détruise. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. »
Pour ses disciples, Jésus trace une autre voie. Il y aurait beaucoup à en dire. Je me contenterai de souligner très rapidement trois vérités que l’on trouve dans ce texte et de poser trois questions auxquelles je demanderai que chacun de vous prenne le temps de réfléchir. Ce sont peut-être des questions à noter pour prendre le temps d’y apporter une réponse sérieuse.
Dieu existe et il agit véritablement dans le monde. Il nourrit les corbeaux, il prend soin de la croissance des lis des champs, bref il opère toutes choses selon la décision de sa volonté. C’est lui qui nous donne tout avec abondance pour que nous en jouissions. Ne pas reconnaître cette réalité – et ne pas être reconnaissant pour cette réalité – c’est agir en insensé.
Notre vie nous échappe. « Même dans l’abondance, la vie d’un homme ne dépend pas de ce qu’il possède. » « Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie. Si donc vous ne pouvez pas même la moindre chose, pourquoi vous inquiétez-vous de ce qui reste ? » Nous ne pouvons pas penser que notre vie est entre nos mains.
Dieu est notre Père, il prend soin de nous et il a pour nous un projet qui vaut mieux que le projet de grandes vacances du riche de la parabole. D’abord, il nous décharge du souci d’avoir à nous prendre en charge nous-mêmes. Lui nous prend en charge et il sait de quoi nous avons besoin. Ensuite, il a trouvé bon de nous donner le Royaume et il nous pousse à faire de ce Royaume notre priorité dans la vie. Que Dieu, son action dans l’Eglise et dans toute la création soit au cœur de nos préoccupations. Au lieu d’une vie égocentrique, que nous ayons une vie « théocentrique », centrée sur Dieu. Nous faisons partie de quelque chose qui est plus grand que notre vie individuelle.
La peur nous empêche de donner
Je voudrais vous laisser maintenant avec trois questions, liées au « Sois sans crainte, petit troupeau… ».
Quelle est la chose qui vous fait le plus peur dans la vie ? Dans le texte que nous avons lu, Jésus parle de gens qui s’inquiètent, qui se tourmentent parce qu’ils se demandent s’ils vont avoir le nécessaire pour vivre. Cette peur peut être très profonde : c’est la peur d’être incapable de se débrouiller dans la vie et de se retrouver tout seul, sans rien.
Quelle est la chose qui vous fait le plus peur dans la vie ? Je vous encourage à réfléchir sérieusement à cette question parce que parfois, on est prêt à faire n’importe quoi pour éviter ce dont on a peur. La peur pousse à mentir, à voler, à tuer. Ou elle pousse à se préoccuper tellement de soi-même qu’on n’a plus rien à donner à ceux qu’on pourrait aider. Je me demande si l’obstacle le plus important à l’aide à l’égard des plus pauvres n’est pas purement et simplement la peur.
Avez-vous déjà laissé Dieu vous rassurer au sujet de ce qui vous fait le plus peur ? « Sois sans crainte, petit troupeau ; car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume. » Avez-vous pris le temps d’écouter le Maître parler quand il dit : « Sois sans crainte. » ?
Que pourrait-il se passer si vous laissiez Dieu vous rassurer au sujet de ce qui vous fait le plus peur ? « Sois sans crainte, petit troupeau… Vendez ce que vous possédez, et donnez-le en aumône. » Ce sont ceux qui ont su écouter Jésus dire « sois sans crainte » qui sont capables de faire de grandes choses, comme d’être riches en œuvres bonnes au point d’agir de façon significative en faveur des pauvres.
Quand le S.E.L. se donne comme mot d’ordre d’être « une action chrétienne dans un monde en détresse », il veut promouvoir un certain style de vie parmi les chrétiens en France : un style de vie qui nous pousse à inclure notre prochain – en l’occurrence le pauvre – dans nos préoccupations ; mais pour le faire de manière vraiment chrétienne, c’est toute l’orientation de notre vie qui doit être façonnée par la Parole du Maître. Qu’il nous donne de l’entendre quand il nous rassure et de le suivre pour faire le bien. Amen !
Daniel Hillion, le 8 février 2009.
Lisez aussi cette excellente interview de Daniel sur Top chrétien.
Ce document a été mis en ligne le 13 février 2009.

