Dieu et Moi

Une lettre à Satan et un message à Jacques Duquesne

DMduquesnediable.jpgOui, vous avez bien lu. C’est bien une lettre à Satan. Pour lui dire que c’est fini. Vous avez définitivement rompu avec le Diviseur. Désormais, vous appartenez au Christ et vous œuvrez pour son royaume. Si vous parlez un peu l’anglais, regardez cette vidéo étonnante qui explique tout ça d’une façon particulière, voire contestable et primaire, mais combien authentique. Aux antipodes du discours bien-pensant selon lequel Satan est une invention humaine dont parle Jacques Duquesne dans son dernier livre : Le diable. Au fait, le diable existe. Hélas.


Bon, on va parler des choses qui fâchent : le diable, la tentation, le mal. L’occasion nous est donnée par l'écrivain Jacques Duquesne bien sûr et aussi par
cette vidéo –Lettre à Satan - qui cartonne sur la chaîne chrétienne américaine Tangle. Elle nous interpelle à la fois pour des questions de fond et aussi pour la forme.
D’abord son contenu. Si vous trouvez que le message de la vidéo est primaire, nul, dangereux, médiocre, théologiquement contestable, vous êtes parfaitement dans la norme chrétienne en France. Nous aussi trouvons que le message est un peu simpliste. Blair Wingo, la jeune femme, voit le diable à l’œuvre presque partout et risque ainsi de trop se couper du monde, ce qui n’est pas l’attitude de Jésus. Par ailleurs, notre Seigneur est aussi l’ami des pécheurs, qu’on le veuille ou non. La jeune femme semble également faire une véritable obsession autour de la sexualité. Son groupe The Passion for Christ Movement s’est rendu célèbre en luttant contre … la masturbation. Mais avant d’y voir seulement l’expression du « fondamentalisme » de certains Américains (ce qui ne serait pas faux, pour une fois), dites-vous bien que la jeune femme prône la même morale sexuelle que celle défendue par l’Eglise catholique romaine. Sauf en matière de préservatifs. Les « fondamentalistes » sont pour, l’Eglise catholique est officiellement contre. Mais on peut certainement avoir une autre vision de la sexualité que celle de ces évangéliques et de l'institution catholique romaine, tout en étant chrétien. Là n’est pas l’essentiel. Et ne jugeons pas trop vite la jeune femme. Chacun son contexte, chacun son besoin particulier de résister au mal dans sa vie.
Le problème posé ici est celui de l’existence du diable. Parfois, des pasteurs, des prêtres bien intentionnés, convaincus d'une certaine théologie, s’évertuent à nous expliquer que Satan n’existe pas. Foutaises et légendes tout ça ! « Superstition », résonne la condamnation du haut de telle ou telle chaire académique. Il fallait comprendre, nous explique-t-on, que le diable – tout comme l’enfer et la condamnation éternelle – n’est qu’un « symbole » du « mal », une notion qui serait tout à fait relative, et non pas une force qui cherche à déstabiliser tout ce qui vient de Dieu. De ce point de vue, la vidéo présentée ici pourrait inquiéter, car elle prend le contre-pied des idées « modernes », relativistes, en la matière.

Raisonnement faux


Satan est-il vraiment une personne et une force concrète hostile ? Exprimée ainsi, sur un site chrétien, la question peut sembler terriblement simpliste. Mais on s’oblige à tenter une réponse pour une raison conjoncturelle : l’auteur de livres à succès Jacques Duquesne met en cause la « réalité » de Satan dans son dernier livre Le diable (Plon). Duquesne écrit si bien. Il comprend les choses difficiles. Son éloquence est persuasive. Et s’il dit que le diable n’existe pas, beaucoup risquent vraiment de le croire. 
C’est tentant. Car si Satan était une pure invention humaine – ce qui est le point de vue de Duquesne – le fait de s’en séparer permettrait assurément de vivre d’une façon plus « éclairée », « libérée », et non culpabilisante. Surtout sur le plan sexuel, n’est-ce pas ? Le problème est que tout le monde ou presque « sait » intuitivement que le raisonnement est faux. Le bien existe. Le mal aussi. Même les gens qui tournent le dos au christianisme croient généralement au mal ou aux forces maléfiques. On les trouve dans l’astrologie, par exemple. Essayez de négliger totalement le Tentateur, et vous verrez. (Une autre chose est d'en faire une obsession, ce qui peut être un signe d'une psychopathologie. Le principal rôle des "exorcistes" de l'Eglise catholique est d'être des bons accompagnateurs.)
Un exemple : le diable - ou les actes de celui-ci - est « objectivement » présent dans toutes les drogues comme la cigarette et l’alcool, par exemple, et dans toute relation affective destructrice. Mais si on fait de ce mal-là, pourtant manifeste, une abstraction totale, on pourrait vite y succomber. Les fumeurs et les alcooliques parmi vous le savent bien : « allez, encore une cigarette, c’est pas grave, c’est la dernière. Encore un verre, j’arrête demain… » Si vous analysez en profondeur les raisons qui vous maintiennent dans cette dépendance proprement suicidaire, vous finirez toujours par trouver une fragilité, une blessure, peut-être de l'enfance, un manque de confiance en vous et peut-être aussi en Dieu. Au-delà du travail, du stress, des problèmes sentimentaux, du coup de cafard périodique, d’autres difficultés de la vie, c’est aussi la « pulsion de la mort » qui vous assaille. Pour en sortir, vous pourriez tout confier à Dieu et lui demander de vous aider. Vous avez aussi besoin de l’aide d’autres personnes. Peut-être faut-il changer de situation professionnelle. Et vous devez aussi travailler beaucoup sur vous-mêmes, bien sûr. Le combat que vous allez engager alors peut prendre une minute, un mois, un an, dix ans, une vie, mais vous avez vraiment engagé un combat contre le mal, contre le diable.

Les chrétiens parlent alors d’un « combat spirituel ». Ils se réfèrent par exemple à l’apôtre Paul dans sa lettre aux Ephésiens, chapitre 6, versets 10 à 20. Les "armes" sont notamment la parole de Dieu et la foi. Si ces termes vous gênent, et ils gênent terriblement certains chrétiens et beaucoup de non croyants, changez-les, trouvez d’autres mots. Mais ne vous faites aucune illusion : celui que la Bible appelle Tentateur, Diviseur, Malin, Légion, Satan, existe et il vous veut du mal. Au fond de vous-mêmes, vous le savez bien. Heureusement, Jésus l’a vaincu définitivement sur la croix et c’est en Lui, en Christ, que nous sommes sauvés. Encore faut-il croire.
Tout ceci pourrait être pris pour du prêchi-prêcha. Le message n’est-il pas trop simple ? Faut-il absolument croire que le diable existe ? Disons que c’est du pur christianisme. Vous avez un doute ? Lisez donc un de ces textes qui font vraiment « autorité » : le Catéchisme de l’Eglise catholique. Au paragraphe 2851, vous trouverez le message :
« Le mal n’est pas une abstraction. Il désigne une personne, Satan. Celui qui se jette en travers du dessein de Dieu et de son œuvre de salut accomplie dans le Christ. » Celui qui s’y réfère ainsi s’appelle Bernard Podvin et il est porte-parole de la Conférence des évêques de France. Il a donné une interview à l’hebdomadaire Famille chrétienne dans son numéro du 29 octobre pour répondre à Jacques Duquesne.
Vers la fin de l’interview, l’évêque dit ceci : « ‘Par sa Passion, le Christ nous a délivrés de Satan et du péché’, atteste notre Église envers et contre tout discours lénifiant. La grâce restaure ce que le péché avait détérioré en nous. Celui qui croit au Christ devient fils de Dieu. Cette adoption filiale le transforme afin qu’il pratique le bien. » Parole d’évêque que n’importe quel protestant et orthodoxe pourrait signer.

Travailler la forme du message

Quant à la forme de la vidéo américaine, il y a également matière à réfléchir. En l’occurrence à notre manière d’expliciter le message chrétien. Une observation capitale s’impose d’emblée : si on parle bien la langue de cette jeune femme, on écoute vraiment ce qu’elle dit. Parce qu’elle articule bien et parce qu’elle sait jouer sur les bons mots. C’est pratiquement du rap à certains moments. Elle a su donner une forme originale, pertinente, voire provocatrice, à son message. Et tout y est : une interpellation, une bonne question, une référence biblique, un commentaire, une contextualisation et une exhortation. Ce genre de témoignages est fréquent aux Etats-Unis, surtout dans les Eglises évangéliques.

Qu’est-ce qui nous empêche en France de parler ainsi dans nos temples et nos églises ? Pour quelle raison exacte pensons-nous qu’il est toujours plus correct d’endormir les gens avec des prédications abstraites, inadéquates et sobres que de réveiller les gens en évoquant franchement une réalité, peut-être choquante, et une question fondamentale, peut-être simple, tout en se référant à la Bible d’une façon claire ?

La formulation de notre question est volontairement provocatrice. La vidéo commentée ici n’est pas forcément une référence. Il serait insupportable d’avoir exclusivement des témoignages de ce genre quand on se rend au culte ou à la messe. Mais pourquoi n’y en a-t-il pratiquement pas du tout en France ? Par peur de choquer ? Ou par manque de compétence ? Si on n’accepte pas l’idée que l’évangile puisse choquer, il faudra s’interroger sur sa foi. La Bonne Nouvelle n’est pas un truc cérébral globalement positif qu’il faudrait absolument accueillir dans la tiédeur. La Bonne Nouvelle porte sur notre salut : nous qui croyons sommes sauvés. En ce sens, la Bonne Nouvelle est aussi un scandale. Les évangiles contiennent de nombreux passages absolument choquants qui méritent des interrogations profondes. En ce qui concerne la capacité de formuler ces choses-là – avec ses compétences théologiques, scientifiques, artistiques, musicales – on peut toujours faire mieux. Encore faut-il travailler. Et ce travail, trop souvent, n’est pas fait. Sauf dans certaines Eglises évangéliques.
H.L.
Cet article a été mis en ligne le 4 novembre 2009.