Le consumérisme dans une perspective chrétienne
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« Si tu trouves du miel, n'en mange que ce qui te suffit... » (Proverbes 25.16) Notre ami Alain Ledain développe ici une analyse originale de la société de consommation, idolâtrie majeure.
Alain est chrétien évangélique. Marié, père de famille, ce professeur de mathématiques a entre autres fondé Actes 6, une association qui aide des Eglises et des associations à mieux organiser leur système de gestion. Actes
Nous avons demandé à Alain le droit de publier et de promouvoir ce texte parce que nous le trouvons tout simplement excellent. C’est le genre de document qui mérite d’être imprimé et utilisé comme un texte de référence. Mais attention, Alain ne cesse de réactualiser et d’étoffer son texte. La version que nous publions aujourd’hui (le 6 mars 2010) va certainement évoluer encore en fonction de l’actualité. Ce qui est possible grâce à l’Internet.
Si les sources sont très diversifiées, allant de la Bible à des auteurs non chrétiens en passant par la riche doctrine sociale chrétienne (catholique surtout), et si tout le monde – le non croyant aussi – pourrait et devrait lire ce texte, il fournit surtout aux chrétiens évangéliques des outils pour mieux comprendre la société qui les entoure. Alain Ledain est trop modeste pour le dire ainsi. Mais nous n’hésitons pas une seconde à l’affirmer avec force : par sa précision, son côté éclectique et sa compréhension du monde moderne, ce texte comble une lacune dans le monde évangélique francophone.
En ce moment, c’est Carême. Ce texte est particulièrement adapté à cette période de réflexion sur le sens de la croix et de l’essentiel. Résister avec succès à la société de consommation, cela fait partie de la nécessaire conversion. Vous y trouverez plusieurs thèmes développés aussi dans le cadre des conférences de carême (protestantes et catholiques). Mais que la fin du carême (à Pâques) ne vous empêche surtout pas de continuer à étudier ce texte absolument, radicalement, contemporain.
Merci infiniment, Alain. Que Dieu continue de t’inspirer.
Henrik Lindell
Le consumérisme. Une analyse chrétienne
Par Alain Ledain
D’après (entre autres) un article de Michel Sommer paru dans la revue Hokhma, n° 92
« A force de vouloir posséder, c’est nous-mêmes qui sommes devenus possédés. »
Victor Hugo
« Augmenter son avoir, c’est perdre son être. »
Jacques Ellul
« Si tu trouves du miel, n'en mange que ce qui te suffit... »
Proverbes 25.16
Le cadre : la société industrielle de consommation
Soyons justes : la société de consommation n’est pas sans bienfait. Elle permet l’accession au choix et la diversité des biens, le confort et le bien-être à grande échelle.
Toutefois, il est à remarquer qu’elle laisse une partie de la population sur le carreau (fracture sociale).
Ainsi, en 2006, 7,9 millions de français, soit 13,2 % de la population vivaient sous le seuil de pauvreté. En septembre 2008, on comptait entre 1,7 et 3,7 millions de travailleurs pauvres en France. Calvin pensait que priver quelqu’un de travail est un crime. Que dirait-il d’une société où des travailleurs ne peuvent vivre décemment ?
En février 2010, la fondation Abbé-Pierre publiait des chiffres accablants : 3,5 millions de personnes sont mal ou non logées (dont 100.000 SDF…) et plus de 6,6 millions sont en situation de réelle fragilité.
Les bienfaits de la société de consommation ne sont manifestement pas pour tous.
Parallèlement, cette société laisse à penser que nous ne consommons plus pour vivre mais que nous vivons pour consommer. Croire à cela, c’est passer de la consommation – qui est nécessaire – au consumérisme, qui est un style de vie.
Qu’appelle-t-on le consumérisme ? ?
Le consumérisme n’est pas que l’acte de surconsommation : c’est un état d’esprit caractérisé par la recherche de la consommation comme mode de vie, voire comme sens de l’existence. « Je suis né pour consommer ! ». La consommation n’est plus un moyen mais une fin en soi.
Il constitue l’un des aspects importants de notre culture ambiante. Il nous fournit « des articles de divertissement pour tromper notre angoisse devant la perte de sens »[1].
Il pousse à consommer de façon vorace et frénétique des objets, mais aussi des expériences, des émotions. « Tout est promis donc tout est permis. »
Il fonctionne comme une idéologie, comme une vision du monde, comme une mentalité qui imprègne peu à peu les moindres recoins des pensées, des désirs, du comportement et même des relations... « On y adhère peu à peu, sans douleur ni vraie réflexion. »
Le consumérisme est une perversion sous bien des aspects[2] :
· Nous venons de le dire, il fait de la consommation une fin (au lieu d’un moyen) : vivre pour consommer.
· Il est sous-tendu par une vision matérialiste de la vie.
· Si on n’y prend garde, nous finirons par croire que la véritable pauvreté est dans le manque… de superflu ! Suprême insulte des vrais pauvres.
· La joie, est-ce vraiment l’un des aspects du fruit du Saint-Esprit ? La joie, n’est ce pas BMW ? La joie n’a-t-elle pas une adresse ?[3]
Oui, le consumérisme est une idolâtrie majeure qui remplace, dans les hypermarchés, le Royaume de Dieu par le royaume du vide.
Pour prendre conscience de son emprise, voici quelques uns de ses ressorts :
- Le plaisir à tout prix
Quand il n’est pas aimé plus que Dieu, le plaisir n’est pas nécessairement un problème. Il n’en est pas de même du plaisir à tout prix.
Le consumérisme joue à fond sur le plaisir de consommer. On consomme, non seulement par utilité, mais pour combler des désirs. Il y a une véritable quête de plaisir ; plaisir qui favorise certains secteurs : les loisirs et les nouvelles technologies notamment.
En septembre 2005, une étude[4] révélait que « 60% des Français associaient la notion de consommation au plaisir. Ils étaient 85% à souhaiter que leurs actes d’achat deviennent davantage un plaisir. »
Derrière les comportements consuméristes, il y a une philosophie : l’hédonisme. L’hédonisme, c’est la doctrine philosophique selon laquelle la recherche du plaisir et l'évitement du déplaisir constituent des impératifs catégoriques[5]. Ce qui ne procure pas de plaisir est à ignorer. Les notions de bien et de mal sont ainsi remplacées par celles de plaisir et de douleur[6].
Avec le plaisir et le slogan « Le plaisir, c’est de changer de plaisir. », que devient alors la notion chrétienne de fidélité ?
Si un ami, une amie ou mon conjoint ne m'apporte plus de plaisir, est-ce que je m'en sépare pour passer à la prochaine expérience de plaisir ?
Au plan sexuel, vous pourrez lire le livre de Jean-Claude Guillebaud, « La tyrannie du plaisir »[7].
Au plan spirituel, quitterai-je mon église locale quand elle ne m’apportera plus ma dose de plaisir, c’est-à-dire ma dose d’émotion qu’au passage je confondrai avec l’action du Saint-Esprit ? Je ne sous-entends pas que l’engagement conduit à la tristesse. D’ailleurs, la tiédeur ambiante peut être le signe d’une église qui se meurt. Ce que je blâme ici, c’est le « papillonnage » de certains chrétiens, allant d’église en église, à la recherche constante de nouvelles émotions.
Si j’adoptais une telle attitude, je démontrerais que je suis sous l’influence d’autres maux de notre époque : l’égoïsme individualiste, la perte du sens de la communauté et, ce qui va de pair, la perte de sens de l’engagement.
Rappelons que la réconciliation avec Dieu naît d’une démarche individuelle. Mais, n’oublions pas qu’elle permet d’intégrer une communauté, une race, une nation, un peuple : l’Eglise.
1 Pierre 2 : 9-10 : « … vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis… vous qui autrefois n'étiez pas un peuple, et qui maintenant êtes le peuple de Dieu… »
Dans la préface de son livre « Espérer contre toute espérance », le pasteur Philippe AUZENET écrit : « Cet état d’esprit et ce comportement en viennent même à influencer quelque peu le peuple de Dieu, qui lui aussi est secoué par une véritable frénésie, cherchant le plaisir spirituel immédiat et la satisfaction de ses besoins du moment, au lieu de se tourner en tout premier lieu, et dans un esprit de sacrifice, vers l’adoration de Celui qui représente le bonheur et la perfection. À doses infinitésimales, le culte religieux du moi tend à remplacer progressivement le culte de Dieu. »
Que devient la notion de sacrifice quand c'est le principe plaisir qui domine, quand la souffrance et le renoncement sont à éviter impérativement ?
Que dire de la mort de Jésus qui est le sacrifice parfait ? Pourquoi offrir nos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu [8] ?
Que penser de ceux qui ont consenti à mourir pour témoigner de leur foi, plutôt que d’abjurer ?
Remarquez que dans notre société sans Dieu, l’hédonisme s’impose. C’est la déduction logique à laquelle est arrivé l’apôtre Paul : « Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons car demain nous mourrons. » (1 Corinthiens 15 : 32)
- L'immédiateté du désir
L'hyperconsommation est ce contexte dans lequel le désir de consommer ne rencontre plus de limite de temps et d'espace : tout est disponible à mon envie, à mon désir, à mes pulsions instinctuelles, compulsives, viscérales ; tout et tout de suite.
Muni de ma carte bancaire, je peux me lever à 3 heures du matin et me procurer par Internet un objet de l'autre bout du monde. « Je le veux, je me l’offre[9] », je paye plus tard ! C’est que la pulsion consommatrice « réclame sa dose à toute heure, dans une sorte d’impatience chronique[10]. »
« La course aux cadeaux de Noël est une période propice aux achats impulsifs » m’a écrit PayPal. Propice aux achats impulsifs ou aux achats compulsifs ?
Que devient le fruit de l'Esprit appelé maîtrise de soi dans ce climat, maîtrise de soi qui implique que je ne cède pas à toutes mes envies, à tous mes désirs ?
« … l’envie est comme une maladie qui ronge les os. » (Proverbes 14 : 30b)
« […] On nous fait croire | Que le bonheur c'est d'avoir | D'en avoir plein nos armoires | Dérisions de nous dérisoires […] Il se dégage | De ces cartons d'emballage | Des gens lavés, hors d'usage | Et tristes et sans aucun avantage. | On nous inflige | Des désirs qui nous affligent. » (Foule sentimentale – Alain SOUCHON)
Notons que la perte de la capacité de travailler durement en vue d’un résultat lointain prometteur (perte due à l’intolérance envers le déplaisir) et l’exigence d’une immédiate satisfaction amènent à un manque de persévérance[11] et à un plaisir décroissant. On l’avait déjà compris, « un plaisir constant requiert des doses de consommation toujours plus fortes[12] » et « je n’ai d’envie que si l’on m’en donne[13] » (plaisir émoussé).
Poursuivons notre réflexion
Dans notre contexte de mondialisation néolibérale et appuyée au milieu de nous, chrétiens, par une certaine théologie, une pensée domine : « tout est joué, nous n’y pouvons plus rien. » Triste résignation. Un effacement d’avenir qui nous amène à une perte d’espérance, à un sacre du présent, à un sacre du bonheur immédiat, à un sacre du « tout tout de suite ». Plus de construction de l’avenir, seulement l’immédiateté. En rejetant Dieu, en rejetant l’Eternel, plus d’éternité, plus d’avenir ! Un terreau rêvé pour le consumérisme.
Un exemple typique et biblique : Ésaü. Genèse 25 : 29-34 : « 29 Comme Jacob faisait cuire un potage, Ésaü revint des champs, accablé de fatigue. 30 Et Ésaü dit à Jacob : Laisse-moi, je te prie, manger de ce roux, de ce roux-là, car je suis fatigué… 31 Jacob dit : Vends-moi aujourd'hui ton droit d'aînesse. 32 Ésaü répondit : Voici, je m'en vais mourir ; à quoi me sert ce droit d'aînesse ?... 34 Alors Jacob donna à Ésaü du pain et du potage de lentilles. Il mangea et but, puis se leva et s'en alla. C'est ainsi qu'Ésaü méprisa le droit d'aînesse. »
Le propos d’Ésaü est celui-ci : sans ce plat de lentilles, je n’ai pas d’avenir – je vais mourir de faim –. Le droit d’aînesse n’est donc d’aucune utilité. Je brade mon avenir pour la jouissance immédiate.
Le verdict de Dieu est terrible : « Veillez […] à ce qu'il n'y ait ni impudique, ni profane comme Esaü, qui pour un mets vendit son droit d'aînesse. » (Hébreux 12 : 15-16)
Nous devons nous libérer des bornes de l’immédiat et passer du temps quotidien, chronos, au temps de la sagesse, kairos.
Voici comment l’Ecclésiaste appréhendait le temps :
« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux... » (Ecclésiaste 3 : 1)
« Il [Dieu] fait toute chose bonne en son temps… » (Ecclésiaste 3 : 11)
« … il y a là un temps pour toute chose et pour toute œuvre. » (Ecclésiaste 3 : 17)
« Car il y a pour toute chose un temps et un jugement… » (Ecclésiaste 8 : 6)
Des désirs réorientés
Si le « tout, tout de suite » est néfaste, il n’en est pas de même du désir qui est vital. D’ailleurs, la perte de tout désir peut être le signe d’une dépression car nous sommes des créatures désirantes.
Ceci étant, nos désirs vers les produits ne peuvent jamais nous satisfaire pleinement dans la durée : dès qu’un bien est acquis, l’insatisfaction consumériste réclame de faire de nouvelles courses pour acheter de nouvelles choses car aucun bien n’est une fin en soi, car aucun bien n’est ultime.
Ce que je mets ici en évidence, c’est qu’il ne s’agit pas de ne pas avoir de désirs mais de les orienter en Dieu.
Nous allons maintenant aborder l’impact de l’immédiateté du désir sur la sexualité et sur le politique.
Consumérisme, plaisir, immédiateté et sexualité
Selon la philosophe chrétienne Michela MARZANO, la sexualité et l’amour sont présentés « comme l’expression d’un échange quasi-économique fondé sur la consommation, le plaisir et la performance. Les discours et les représentations médiatiques encouragent ainsi les individus à se focaliser sur une satisfaction personnelle immédiate, sans considération du fait que la sexualité et l’amour… ne peuvent être réduits aux seuls éléments d’un système mécanique géré par la loi du marché. »[14]
Quand le consumérisme atteint la sexualité, hommes et femmes se retrouvent à l’état d’objets sexuels à consommer, interchangeables, utilitaires, sans émotion, sans passé ni avenir.
Consumérisme et politique
Dans la préface du livre « Une société en quête de sens politique » [15], Jean-Baptiste de Foucauld écrit : « Les sociétés modernes produisent plus de désirs nouveaux qu’elles n’en peuvent satisfaire. Les partis politiques surenchérissent dans leur offre de satisfaction. Résultat : déception, généralisation de la frustration et du mécontentement. »
Une grande question : accepterions-nous l’honnêteté d’un homme politique ? Accepterions-nous qu’il ne nous fasse pas rêver mais qu’il nous mette fasse à la réalité ?
Selon cet De Foucauld, les spiritualités doivent amener les ressources qui manquent aujourd’hui à nos démocraties, entre autre :
- la capacité à la modération des désirs, là où le système économique les active sans cesse, au-delà même des possibilités de les satisfaire, ce qui engendre un sentiment de frustration permanent ;
- le sens du temps et du long terme, là où prime l'instant présent.[16]
En tant que chrétiens, je crois en effet que nous avons un rôle primordial à jouer. Nous amenons les ressources citées par Jean-Baptiste de Foucault et dénonçons les conditionnements, les manipulations et la falsification des valeurs.
C’est dire que notre foi est une nécessité pour la démocratie. Le consumérisme, lui, agit comme un totalitarisme dont l’instrument de propagande s’appelle la publicité. Cette dernière envahit tous les espaces : la télévision, la radio, Internet, les magazines… On ne peut pratiquement plus y échapper. En toute légitimité, elle viole les consciences en brisant tous les moyens de résistance des « cibles », c’est-à-dire des consommateurs. Elle anesthésie son gibier avant de le conduire à l’abattoir[17].
Passons au troisième ressort du consumérisme :
- L'insatiabilité, la dépendance
C'est le « toujours plus », « toujours mieux », « toujours autre chose », c’est la tyrannie du désir de posséder.
L'insatiabilité existe depuis la chute mais dans notre contexte, elle est favorisée, légitimée et justifiée par la publicité.
L’apôtre Jean écrit : « … tout ce qui fait partie du monde : les mauvais désirs qui animent l’homme livré à lui-même, la soif de posséder ce qui attire les regards et l’orgueil qu’inspirent les biens matériels, tout cela ne vient pas du Père mais du monde. Or le monde passe avec ses attraits… »[18]
Aujourd’hui, ce qui est remarquable, c’est que la soif de posséder n’est pas liée à l’attachement aux produits. Tout au contraire : rien n’a d’importance ; on se débarrasse d’une chose pour en acheter une autre.
Dans cette insatiabilité généralisée, que devient alors le contentement qui sait jouir du moment présent, de la condition actuelle ? « Carrément méchant, jamais content[19] » ?
Le contentement nous protège de la « convoitise des yeux » , c’est à dire du désir avide de voir ou de posséder ce que l'on voit. Mais attention : le contentement, ça n’est pas inné. L’apôtre Paul écrit aux Philippiens[20] : « J’ai appris le secret d’être satisfait en toute situation, rassasié ou ayant faim, dans l’abondance ou le besoin. »
« La véritable foi en Dieu est une source de richesse quand on sait être content avec ce qu'on a. »[21]
Ajoutons que tout détachement des biens matériels n’a de sens que s’il est remplacé par un attachement concret à Jésus et aux autres. Jésus dira au jeune homme riche : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. » (Matthieu 19 : 21)
Ainsi, le détachement rencontré dans le consumérisme n’a-t-il aucune valeur car individualiste. Il ne rend pas davantage disponible à Dieu et n’a pas pour finalité une abondance de vie plus grande chez les autres.
Ici, se remarque un grand principe : tout détachement crée un vide qui doit être remplacé par un attachement.
Le « ne consomme pas ! » n’a pas plus de vertu s’il n’est pas lié à la volonté de ne pas s’« embarrasser des affaires de la vie pour plaire à celui qui nous a enrôlé[22] » ou à l’impératif de solidarité concrète pour autrui. Ne pas comprendre cela, c’est tomber dans un moralisme, un légalisme stérile.
Je vais maintenant répondre à une double question : « Consommer, ne crée-t-il pas des emplois ? » et « comment ne pas consommer peut-il être une attitude de solidarité envers autrui ? »
Rapidement, nous pourrions répondre : la consommation crée des emplois et moins consommer n’est donc pas une bonne chose ; c’est même l’inverse d’une attitude de solidarité envers autrui. Sauf que…
Sauf que c’est oublier Li Chunmei, une Chinoise de 19 ans qui est morte après avoir travaillé sans interruption 16 heures par jour pendant 6o jours d'affilée, à fabriquer des peluches pour les enfants des pays « développés ». Nous avons acheté. Elle est morte.
(Source : quatrième de couverture du livre dont est inspiré la partie ci-dessus : « Être consommé » de William CAVANAUGH – Editions de L’Homme Nouveau.)
« Consommer, ne crée-t-il pas des emplois ? » n’est pas une bonne question. Il nous faut la reformuler : « Consommer, crée-t-il de la dignité par l’emploi ? » Et là, la réponse n’est plus aussi évidente.
« Acheter est non seulement un acte économique mais toujours un acte moral. »[23]
Poursuivons notre développement par une brève réflexion sur la publicité, vecteur du consumérisme
Il n’est pas possible d’étudier ici tous ses ressorts. J’ai choisi d’en analyser trois :
- La reconnaissance sociale à travers les marques
Les marques assurent la fonction de reconnaissance sociale, d’appartenance à une communauté dans laquelle les individus s’identifient grâce aux objets qu’ils consomment.
Exemple : habillement en Adidas ou en Nike
« La marque cherche à pousser le spectateur à consommer son produit pour s’identifier et se rattacher au groupe de tous ceux qui partagent cette vision de soi et du monde que la publicité soutient. »[24]
Les adolescents sont particulièrement exposés à la tyrannie des marques.
« J’viens de là ou on fait attention à la marque de ses textiles
Et même si on les achète au marché, on plaisante pas avec le style » (« Je viens de là » – Grand Corps Malade)
- Un idéal de bonheur et de vie
La publicité nous vend un idéal de bonheur et de vie qui ne dépend que de nous de posséder… sous condition d'acheter toujours plus d'objets.[25]
Nous achetons de plus en plus pour donner littéralement un sens à nos vies. Nous leur demandons tout simplement de nous rendre directement heureux.
Toute bonne conception publicitaire joue sur les bas-instincts et fantasmes primaires, c’est à dire : mythes de la jeunesse absolue et de la beauté éternelle, valorisation de l'égo…[26]
Ainsi, acheter, c’est se donner l’illusion de posséder toutes ces choses (jeunesse, beauté, valeur…).
« Jadis, la beauté était un idéal. Aujourd’hui, au travers des images publicitaires, le souci esthétique en accord avec les canons socio-économiques est une obligation, une contrainte, un devoir culturel qui pèse lourd sur l’estime de soi. La beauté est une source d’oppression dans notre société où l’apparence est devenue primordiale. Elle s’est imposée, tout comme la jeunesse, au rang des moyens de distinction sociale. »[27] « On nous Claudia schiffer… »[28]
- Et parfois, une « religion »[29]
Nous avons déjà fait référence à la « communion par l’objet ».
Voici une accroche publicitaire de Sony : « Je l’ai rêvé, Sony l’a fait – Sony. Le créateur ».
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Sony surpasse la transcendance en ce qu’il répond aux rêves des humains sans médiation et sans prière : « Le rêve n’a pas même besoin d’être exprimé pour être entendu, c’est-à-dire exaucé par Sony. »
Sony comprend le désir, même inconscient. Il entend mes soupirs inexprimables. Il « fait » mon rêve. Certes, Sony est le Créateur mais, en définitive, je le deviens : Je dois seulement rêver et mon désir se transformera en réalité. |
De nombreux aspects de la publicité s’opposent à notre éthique chrétienne
- Elle amène les gens à consommer toujours davantage, à devenir des consommateurs dépendants, malades et toujours plus voraces (au dépens de la création).
- Elle crée de faux besoins.
- Elle tue notre volonté de dire non.
- Par des produits et des modes de vie standardisés, elle crée un monde uniforme (refus de la diversité).[30]
- Elle ne veut plus d’humains, elle veut des consommateurs.
- « Elle engendre une civilisation où le culte de l’ego est religion, où l’existence n’est que divertissement, mais jamais investissement de soi. Elle produit directement des comportements mortifères. »[31]
Un impact considérable
Nous l’avons déjà souligné : tentant de s’imposer à tous et en tous lieux par la publicité, le consumérisme agit comme un totalitarisme : il s’immisce dans la sphère intime de nos pensées, influence notre style de vie, transforme nos rapports à Dieu, aux autres, à nous-mêmes et au temps.
Il détient un pouvoir de conformation globale. Il fonctionne comme l'un de ces principautés et pouvoirs au sujet desquels l'apôtre Paul écrit[32] : des structures qui cherchent à devenir absolues et qui s’arrogent la toute-puissance.
Oui, « le consumérisme est, aujourd’hui, l’ennemi direct de l’Evangile, celui contre lequel les chrétiens doivent mobiliser toute leur foi et toute leur action. Il est une idolâtrie majeure… »[33]
Oui, l’attachement aux biens de consommation fonctionne comme une idole de notre temps, avec ses temples (les hypermarchés), ses cultes (qui célèbrent les objets), ses prêtres.
« Il y avait les pyramides, les pagodes, les cathédrales ; aujourd'hui, il y a les centres commerciaux, temples climatisés de la consommation qui abritent une nouvelle idole : la marchandise. »[34]
Comment ne pas citer ce verset de la première épître de Jean : « Petits enfants, gardez-vous des idoles. » (1 Jean 5 : 16b)
Quelles sont les conséquences du consumérisme ?
Elles sont nombreuses. Par exemple, il est terriblement banal de parler de nos gaspillages et de son impact sur l’environnement.
Ajoutons que le vide creusé par le consumérisme dresse de multiples dangers. Citons le fondamentalisme religieux et le repli communautaire qui sont des réactions à la destruction des communautés par l’hyper-individualisme et à un monde qui s’uniformise.
L’« occidentalisation » par le consumérisme engendre beaucoup de haine. Voici les propos d’un homme, réputé pour son inimitié envers l’ « occident » : « La véritable cause des atteintes à l’environnement est celle du modèle consumériste… » a-t-il déclaré au sommet de Copenhague. « Vouloir produire pour consommer plus et consommer pour produire plus a engendré un interminable et destructeur cercle vicieux» a-t-il ajouté, en dénonçant le « matérialisme » de l’Occident uniquement préoccupé de profit, et l’accaparement des ressources naturelles par un Nord « dominateur » et « mu par l’avidité ». Quel est cet homme au propos qui ne manque ni de force, ni de pertinence ?... Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad ! [35]
Peut-être trouverez-vous regrettable que je cite un tel homme mais ce qui me semble encore plus choquant, c’est le style occidental vécu en partie au détriment des pays du sud. Souvenez-vous de Li Chunmei.
On estime que près de 50% de la population mondiale vit avec moins de 2 $US par jour et que, de ceux-ci, 1,2 milliards vivent avec 1 $US par jour. A ces chiffres s’ajoute une triste réalité : l’humiliation des pauvres. Sur la quatrième de couverture de son livre « Le syndrome du Titanic 2 », Nicolas Hulot écrit : « Les cyniques hausseront les épaules : « Pas de chance. La justice n'est pas de ce monde. » Ce serait méconnaître une dimension fondamentale de nos sociétés mondialisées, à savoir qu'internet et la télévision par satellite étalent notre richesse et nos gaspillages insensés sous les yeux des pauvres et des laissés-pour-compte du monde entier. À l'inégalité s'ajoute à présent la frustration, qui mène à l'humiliation, mère de toutes les violences… À nous d'inventer un nouvel art de vivre ensemble, fondé sur la frugalité[36] et le partage… »
Mahmoud Ahmadinejad et maintenant Nicolas Hulot ! Et qui encore ? Ma prière est de voir se lever du milieu de nous des « Amos » qui dénoncent les injustices, des prophètes qui sauront et pourront se faire entendre du plus grand nombre mais surtout, des hommes et des femmes qui « inventeront un nouvel art de vivre ensemble fondé sur la frugalité et le partage », qui rebâtiront sur des ruines, qui supprimeront le joug de l’oppression, qui pratiqueront la justice et marcheront humblement avec leur Dieu[37].
Dépassons nos culpabilités. Nous sommes devant l’impérieuse nécessité de trouver des solutions, de devenir le sel de la terre. Je vous donnerai quelques pistes…
Chrétiens, Bible et écologie
Puisque nous venons de citer Nicolas HULOT, il me semble nécessaire d’ouvrir une parenthèse sur l’écologie.
Il y a une prise de conscience salutaire du caractère limité des ressources. De nombreux chrétiens ont compris que l’homme est responsable de la gestion de la création devant le Créateur. En effet, nous pouvons lire dans le livre de la Genèse (2 : 15) : « Et l'Éternel Dieu prit l'homme et le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et pour le garder. »
Cultiver et garder le jardin : telle est la double mission assignée par le Créateur à l’homme. La deuxième de ces tâches, « garder », signifie défendre, conserver et traduit l’idée de protection du jardin, donc de protection de l’environnement.
De plus, L’homme n’est pas extérieur à la Création. Son corps est façonné à partir de la poussière du sol[38]. C’est ainsi que son nom « Adam » vient du mot hébreu « adamah », le sol. Adam est donc le terreux, le « glébeux ».
Il reçoit « dans les narines le souffle de vie » et devient un être vivant[39]. L’expression « être vivant » se retrouve à propos des animaux dans les versets 20 et 24 de Genèse 1. Nous pouvons donc adhérer à une écologie qui parle de relations entre le vivant. Dieu est relationnel et tout est en relation dans Sa Création. D’ailleurs, après le déluge, Dieu conclut une alliance avec les hommes et tous les êtres vivants qui sont avec eux[40].
Dès le départ, l’homme constate la biodiversité : « IHVH-Adonaï Elohîms forme de la glèbe tout animal du champ, tout volatile des ciels, il les fait venir vers le glébeux [vers l’homme] pour voir ce qu'il leur criera [comment il les appellerait][Remarquez l’unité du vivant formé de la glèbe]. Tout ce que le glébeux crie à l'être vivant, c'est son nom. 20 Le glébeux crie des noms pour toute bête, pour tout volatile des ciels, pour tout animal du champ… » (Genèse 2 : 19-20 Traduction André Chouraqui)
Cette biodiversité est protégée lors du déluge : « De tout ce qui vit, de toute chair, tu feras entrer dans l'arche deux de chaque espèce, pour les conserver en vie avec toi : il y aura un mâle et une femelle. » (Genèse 6 : 19)
« Tout subsiste en Lui », en Dieu (Colossiens 1 : 17) mais la Création ne se confond pas avec son Créateur. La Nature ne doit pas être divinisée et nous ne devons pas être superstitieux envers elle. Elle n’est pas non plus maléfique : « Dieu vit que c’était bon »[41] et même « très bon »[42].
Malheureusement, les conséquences du péché se sont étendues à la Création : L’Eternel Dieu dit à l’homme : « Le sol sera maudit à cause de toi. C'est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie… » (Genèse 3 : 17)
L’apôtre Paul écrira : « 19 Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. 20 Car la création a été soumise à la vanité [au pouvoir de la fragilité[43]]… 21 avec l'espérance qu'elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu.22 Or, nous savons que, jusqu'à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l'enfantement. » (Lettre aux Romains 8 : 19-22)
De la même manière que le péché atteignit l’ensemble de la Création, le plan de salut de Dieu englobe toute la création : « Il a voulu par lui [par son fils] réconcilier tout [l’univers tout entier] avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix. » (Lettre aux Colossiens 1 : 20)
Ensemble, hommes, animaux et terre auront part à la paix divine. On est très loin de la pensée grecque opposant « matériel » et « spirituel ». Le salut n’est pas la libération du matériel mais le matériel, la Création est inclus dans le salut.
Alors que la Bible insère l’homme et la création dans une communauté de destin (chute et rédemption), l’homme consomme le péché en recherchant l’autonomie par rapport au Créateur et à la Création. Il a peur de cette dernière, de son côté imprévisible, non maîtrisable et il a peur du vivant. De ce fait, il tente de donner naissance à un monde artificiel[44]. Voilà qui explique la soif de puissance de l’homme qui s’exprime par le gigantisme, l’aspiration à toujours plus grand, plus haut – la plus haute tour du monde, la tour Burj Dubaï inaugurée le 4 janvier 2010, mesure
La bioéthique s’inscrit dans cette pensée du désir d’un monde artificiel. L’homme veut devenir le créateur de l’homme !
Bien évidemment, nous ne nous opposons pas au progrès mais aux excès et aux motivations pathologiques.
Créer un monde artificiel évite d’entendre Dieu car la Création parle de son Créateur, parle de sa part : « En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l'œil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. »[46]
« Les cieux racontent la gloire de Dieu, Et l'étendue manifeste l'œuvre de ses mains. 3 Le jour en instruit un autre jour, La nuit en donne connaissance à une autre nuit. 4 Ce n'est pas un langage, ce ne sont pas des paroles Dont le son ne soit point entendu : 5 Leur retentissement parcourt toute la terre, Leurs accents vont aux extrémités du monde, Où il a dressé une tente pour le soleil. » (Psaumes 19 : 1-5)
Plus, la Création loue Dieu avec l’homme qui le révère :
« 3 Louez-le, soleil et lune ! Louez-le, vous toutes, étoiles lumineuses ! … 7 Louez l'Éternel du bas de la terre, Monstres marins, et vous tous, abîmes, 8 Feu et grêle, neige et brouillards, Vents impétueux, qui exécutez ses ordres, 9 Montagnes et toutes les collines, Arbres fruitiers et tous les cèdres, 10 Animaux et tout le bétail, Reptiles et oiseaux ailés… » (Psaume 148)
Oui, nous avons reçu de Dieu un don magnifique en la Création, non pour la piller, non pour l’exploiter, mais pour la contempler, la cultiver et en prendre soin afin qu’elle reste un environnement sain pour tous et pour les générations futures.
A ce point, il est évident qu’il y a un lien très fort entre foi et écologie.
Notre responsabilité vis à vis de la création impose de revoir la manière de consommer et les choix de vie. Il s’agit d’orienter nos existences vers des modes de vie sobres (pour ne pas épuiser la terre), responsables et solidaires. Solidaires car notre modèle économique, en encourageant une consommation sans limite, creuse le fossé entre riches et pauvres : 20% de la population mondiale – dont nous faisons partie – consomme et gaspille 80% des ressources naturelles. L’écologie humaine est indissociable de l’écologie envers la nature : dégradation de la condition humaine et environnement vont de pair.
Les dérives d’un certain écologisme
Comme tout domaine, l’écologie a besoin d’être évangélisée. Dit autrement, elle a besoin de reposer sur de justes pensées.
D’abord, l’émotionnel n’est pas une bonne approche. On consomme trop souvent les émotions comme on consomme les marchandises. Comme d’autres[47], j’éprouve un certain énervement face au matraquage médiatique et je me méfie de l’unanimisme collectif. Ce n’est pas d’émotions dont nous avons besoin mais d’engagement.
Ensuite, je ne crois pas que la planète soit un thème de réconciliation entre les hommes. Pour preuve, au sommet de Copenhague, l’Occident a préféré sauver la finance plutôt que la planète.
Enfin, comme Laloose[48], bloggeur anonyme, « je suis […] dubitatif devant la médiatisation d’une certaine forme de discours écologique visant à culpabiliser l’Homme, perçu comme une espèce de parasite inutile et prédateur d’une planète Terre sacralisée et élevée au rang de déesse-mère devant laquelle l’Homme devrait forcément s’incliner. Sceptique donc, mais aussi passablement effrayé par le retour de théories malthusiennes[49] prônant la limitation de la population à la fois pour réduire le nombre de coupables écologiques, de pauvres et donc d’envahisseurs potentiels. […] Je […] reste extrêmement méfiant devant la faculté d’adaptation d’une idéologie ultralibérale capable de se servir de l’écologie pour maintenir encore et toujours plus l’Homme dans un asservissement consumériste et individualiste. En bref, consommer toujours plus, mais différemment. »
Le député Vert Yves Cochet a calculé qu’un enfant européen a « un coût écologique comparable à 620 trajets Paris-New York ». Il propose donc des mesures d’inversion des allocations familiales et une « grève du troisième ventre » qui, en bon français, vise à la « non-vie » du troisième enfant.[50]
« Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité. » - Gandhi
Parenthèse : saviez-vous que 96% des trisomiques dépistés lors des dépistages prénataux sont avortés ? N’en est-on pas à une forme d’eugénisme ? Ne tend on pas ainsi vers le « produits humains parfaits » ?
L’homme doit-il avoir honte de ne pas être fabriqué, lui qui depuis des millénaires n’a pas changé, contrairement aux objets qu’il réalise et qui évoluent ?
La non-conformité comme alerte et aiguillon
« Ne vous conformez pas au siècle présent… » nous exhorte l’apôtre Paul. Mais attention : il ne s’agit pas d’être provocateurs. La « non conformité au monde » n’a de sens que par la manifestation du Royaume de Dieu, que par la conformité à la volonté de Dieu, à ce qui est bon, agréable et parfait[51].
Elle ne s’exprime pas seulement en une différence intérieure d’intention ou de motivation mais par des actes.
Dans la « non conformité », gardons nous du légalisme car le légalisme n’a pas la puissance de changer notre style de vie. Ainsi, le commandement « ne dépense pas » manque totalement d’efficacité pour restreindre l’appétit des sens. C’est en Dieu qu’est dévoilé le mensonge de la consommation comme source de sens et de satisfaction car en Dieu seul est la source de la vraie joie, car en Dieu seul, nous trouvons une vraie identité dans des sources de grandes valeurs : la foi, la famille, la communauté…
« … la vie d'un homme, si riche soit-il, ne dépend pas de ses biens. »[52] Mettons notre joie en Dieu et Il comblera les vœux et les vides de nos cœurs[53]. Apprenons le contentement, apprenons à discerner et à apprécier les choses de vraies valeurs…
Et en matière de consommation, exprimons nous de plusieurs manières : Non, Oui, Moins, Autrement
Non
Même si le consumérisme est beaucoup plus que la surconsommation, commençons par dire NON à la boulimie acheteuse élevée au rang de la vertu. Les crises de « consommite » aigüe nous amènent à vomir nos superflus dans les décharges !
NON, par le refus, durable ou ponctuel, de consommer certains objets ou expériences. Non à toute consommation préjudiciable à la santé et à la dignité humaine, qu’il s’agisse de la notre ou de celle d’autrui (alcool, drogue, cigarettes, pornographie…)
De temps à autre, ne faut-il pas un jeûne quant à l’usage des moyens technologiques modernes (Internet, téléphone portable) afin de se retrouver face à soi-même ? De temps à autre, n’est-il pas nécessaire de se couper de toute communication pour rompre avec l’influence des autres et la dépendance de leur approbation ? Certains jeûnes ne sont-ils pas indispensables comme démarche d’allègement, comme rupture des excès, comme temps de respiration pour rechercher l’essentiel : la rencontre avec Dieu et avec autrui ?
NON à l’idée que tout changement est un progrès. NON au changement pour le changement. NON à la « disqualification de l’ancien ».
Jérémie 6 : 16 : « Ainsi parle l'Éternel : Placez-vous sur les chemins, regardez, Et demandez quels sont les anciens sentiers, Quelle est la bonne voie; marchez-y, Et vous trouverez le repos de vos âmes ! Mais ils répondent : Nous n'y marcherons pas. »
NON au toujours-nouveau, au toujours-mieux, au toujours-plus-fun, au toujours-plus-tendance, au toujours-plus-cool, etc.
mais OUI à l’enracinement : Psaume 1 : 1-3 : « Heureux l'homme […] qui trouve son plaisir dans la loi de l'Éternel […] Il est comme un arbre planté près d'un courant d'eau… »
Esaïe 61 : 1-3 : « … l'Éternel, est sur moi, Car l'Éternel … m'a envoyé pour guérir … pour proclamer… pour publier une année de grâce… pour consoler … afin qu'on les appelle … une plantation de l'Éternel, pour servir à sa gloire. »
A l’inverse, la parabole du semeur[54] décrit l’homme sans racine, l’homme du « toujours nouveau », l’homme sans persévérance : « Celui qui a reçu la semence dans les endroits pierreux, c'est celui qui entend la parole et la reçoit aussitôt avec joie; mais il n'a pas de racines en lui-même, il manque de persistance [Autre traduction : il est l’homme d’un moment], et, dès que survient une tribulation ou une persécution à cause de la parole, il y trouve une occasion de chute. »
« Il est l’homme d’un moment » : cela nous rappelle le développement sur l’un des ressorts du consumérisme : l’immédiateté du désir, le tout, tout de suite.
Travaillons à être, non des « hommes d’un moment », mais « des hommes enracinés » !
NON à la crainte d’entendre : « Quoi ? Tu n’as pas encore cet objet ? Tu n’as pas encore vu ce film ? » ; et que de tels propos ne sortent pas de nos bouches !
Epître de Paul au Galates, chapitre 5, verset 26 : « Ne devenons pas vaniteux, en nous provoquant les uns les autres, en nous portant envie les uns aux autres. »
NON au culte du jetable.
Le jetable amène le gaspillage des ressources et l’encombrement des détritus. De ce point de vue, le jetable n’est pas un progrès.
De plus, le consumérisme transformant tout en marchandise – on parle de marchandisation –, on jette des hommes devenus moins performants ou trop vieux comme on jette une marchandise usagée.
On l’a compris : quant il pénètre les mentalités, le jetable développe un état d’esprit fort éloigné de la fidélité.
C’est ainsi que la vogue du jetable contamine l’amour : « Je drague, je consomme, je jette, je passe à la suivante (ou au suivant) ».
Avec l’écrivain François Brune, analyste critique de la société, des médias et de la publicité, disons NON à « la mode du jetable, si nous ne voulons pas être un jour jetés à notre tour. »
NON à la religion consumériste avec ses célébrations de produits qui sont une fin en soi, son culte de la grande surface et ses promotions rituelles.
NON à l’« âge du sein », c’est-à-dire à l’âge où l’on veut satisfaire de manière immédiate toutes nos pulsions.[55] Grandissons en maturité !
Oui
OUI à la modération dans nos désirs pour échapper à l’impatience de l’envie. Développons un esprit de gratitude : la reconnaissance[56] est un excellent remède contre l’insatisfaction.
Rendons grâce à Dieu notamment pour le don de la Création. Pour nous qui sommes citadins, sans doute avons-nous besoin de retrouver un contact avec la nature. « je chanterai de joie à cause des œuvres de tes mains. Eternel ! Que tes œuvres sont grandes ! » (Psaume 91 : 4-5) « Que tes œuvres sont nombreuses, ô Eternel ! Tu les as toutes faites avec sagesse. La terre est pleine de tes richesses. » (Psaume 104 : 24)
OUI à la sobriété en toutes choses (2 Timothée 4 : 5 : « Mais toi, sois sobre en toutes choses… »).
« Chacun est appelé à repenser fondamentalement ses habitudes de vie, qu’il s’agisse de nourriture – il convient de valoriser la frugalité et la modération –, des moyens de transport, des achats de biens d’équipement, du choix de destination des vacances, ou du renoncement aux gaspillages inconsidérés. »[57]
La sobriété n’est pas seulement une baisse de consommation ; elle n’est pas une hostilité de principe envers la jouissance des biens. « … Dieu… nous donne avec abondance toutes choses pour que nous en jouissions. » (1 Tim. 6 : 17) C’est pourquoi, nous rejetons la tristesse de l’ascétisme (de la privation austère). La sobriété n’est pas l’ascétisme. Mais la sobriété aborde toutes choses comme un don de Dieu que nous recevons dans une attitude d’humbles actions de grâces.
A l’inverse, si nous sommes saisis par l’esprit d’appropriation, si nous oublions que nous sommes gérants, intendants et non propriétaires, nous devenons prédateurs. « Prendre ou recevoir », telle est la question.
« … Ne me donne ni pauvreté, ni richesse, Accorde-moi le pain qui m'est nécessaire.9 De peur que, dans l'abondance, je ne te renie Et ne dise : Qui est l'Éternel ? Ou que, dans la pauvreté, je ne dérobe, Et ne m'attaque au nom de mon Dieu. » (Proverbes 30 : 8b-9)
OUI à une conception de la vie en société où l'homme n'est pas réduit à son statut de producteur et de consommateur[58].
Pourquoi ne pas participer à la Journée sans achat ?
La Journée sans achat est née dans les années 90 au Canada. Elle s’est très vite étendue dans plus de 55 pays. Une fois par année, elle propose un sursis de 24 heures pour remettre en question notre besoin et notre manière de consommer.
Mais le but de cette journée est aussi […] de passer du temps avec des amis, de prendre le temps de lire ou réfléchir, de prendre du recul ou de participer à une action riche en couleurs pour discuter avec les gens sur le sens (ou le non-sens !) de la consommation et de la vie. [59]
OUI au sabbat qui, non seulement est un jour de repos, mais est un jour de liberté : « Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Egypte, et que l'Eternel, ton Dieu, t'en a fait sortir à main forte et à bras étendu : c'est pourquoi l'Eternel, ton Dieu, t'a ordonné d'observer le jour du repos. » (Deutéronome 5 : 15)
Le sabbat, c’est quitter, à l'égard de soi-même, des autres mais aussi des animaux, une relation d'usage (d’utilisation), de consommation pour adopter une attitude de respect, de bénédiction et de contemplation. Ce jour est caractérisé par la convivialité et le partage ; et tout être humain, y compris l'esclave et l'immigré, y a droit[60]. Ce jour d'arrêt rappelle que l'homme n'est pas uniquement un producteur et un consommateur.[61]
Ne plus s’arrêter de travailler, c’est devenir esclave du travail ; et c’est à juste titre que de nombreux chrétiens s’opposent fermement à toute libéralisation du travail le dimanche.
Michel Fauquier, Historien, auteur de la « Lettre ouverte du dernier des chrétiens au premier des Français », affirmait : « si on nous offre cette permission du travail du dimanche, nous allons très certainement en user ; parce que c’est extrêmement pratique que de réduire les autres en esclavage – d’un esclavage qui consistera à en faire des personnes qui seront à tout moment à notre service, le jour, la nuit, le dimanche et les autres jours… »
Cette affirmation nous ramène au texte biblique déjà cité : « Tu te souviendras que tu as été esclave… c'est pourquoi l'Eternel, ton Dieu, t'a ordonné d'observer le jour du repos. »
OUI aux joies d’être ensemble. Non à la fausse convivialité des ruées consommatrices. Notre désir de communion doit être plus fort que notre désir de consommation.
OUI aux temps de qualité, au temps qui cultive la lenteur, la maturité, l’enracinement.
« La biodiversité nous enseigne la lenteur et l’utilité collective. »[62]
OUI à une économie soucieuse de l’existence des autres et de l’environnement (les deux vont ensemble, nous l’avons déjà souligné).
Intéressons-nous à l’origine et aux conditions de production des marchandises. Choisissons ceux dont la production a été respectueuse de l’humain et de la Création. Si certains « produits peuvent sembler chers, c’est que nous sommes habitués à des prix souvent injustes, loin de couvrir la totalité des frais engendrés sur le plan social ou écologique. Aujourd’hui, agissons en consommateurs souverains : payons à nos prochains et à la Création le prix qu’ils valent ! »[63]
Dans un article paru le 05 novembre 2007, Robert Reich[64] écrit : « D’où viennent ces bonnes affaires ? D’entreprises en très forte concurrence qui, pour répondre à notre demande, baissent les coûts salariaux, délocalisent et polluent l’environnement. Si nous voulons réduire les inégalités, retrouver la stabilité de l’emploi et de meilleurs salaires, ainsi que combattre le réchauffement climatique, nous devons accepter de faire de moins bonnes affaires. »[65]
Si l’intérêt du consommateur – que nous sommes – est d’acheter toujours moins cher, l’intérêt du salarié, que nous sommes aussi, est de garder notre emploi. Soyons donc attentifs à ne pas entrer en conflit avec nous-mêmes ! Attention à la folie du low cost qui délocalise nos emplois et nos pollutions[66].
De plus, si nous achetons un t-shirt à un prix ridicule, c’est sans doute parce qu’une couturière et un producteur de coton ont été exploités. Libérons-nous de cette injustice en choisissant les produits que nous achetons. N’oublions pas que « la mondialisation fait que le fabricant des produits du sud que j’achète est, lui aussi, mon prochain. »[67]
Dans ce « oui à une économie soucieuse de l’existence des autres et de l’environnement » s’inscrit le commerce équitable dont les protestants mennonites ont été les précurseurs dans les années 1940 en mettant sur pied un commerce direct avec des communautés économiquement défavorisées des pays du Sud.
Voici quelques objectifs du commerce équitable[68] :
- Assurer une juste rémunération du travail des producteurs et artisans les plus défavorisés, leur permettant de satisfaire leurs besoins élémentaires en matière de santé, d'éducation, de logement, de protection sociale.
- Garantir le respect des droits fondamentaux des personnes, en établissant des conditions de travail décentes (refus de l'exploitation des enfants, du travail forcé, de l'esclavage...).
- Instaurer des relations durables entre partenaires économiques.
- Favoriser la préservation de l'environnement grâce à des méthodes de production respectueuses de la nature selon une démarche de développement durable.
- Proposer des produits de qualité aux consommateurs.
L’ « ARTISANAT SEL », dont l’activité est née d’une ONG protestante de solidarité internationale, est impliqué dans le commerce équitable.
On le constate : Low Cost et commerce équitable fonctionnent avec une philosophie et des objectifs profondément différents.
« Seigneur, apprend-nous à acheter... »
OUI au principe de la gratuité, à la logique du don réciproque et à l’esprit du don[69].
La « culture du don » se définit à l’opposé de la « culture de l’avoir ». Cette dernière culture est à la base de l’économie actuelle et du consumérisme qu’elle promeut. Elle est alimentée par l’avidité et par la peur de manquer. Or, « sans une culture nouvelle, on ne peut pas engendrer une économie nouvelle. Les comportements économiques sont toujours l’expression d’un style de vie, d’une vision du monde. » Ainsi, pour sortir de notre culture de mort – la culture de l’avoir est une culture de mort ! –, toute personne, même pauvre, doit se former « à la culture de la réciprocité, sans laquelle la communion [avec autrui] ne pourra jamais devenir un style de vie courant. » [70]
Il s’agit ici d’initier une contre culture remplaçant la logique consumérisme par la communion avec autrui.
Ce OUI est le fondement de l’« Economie de Communion » lancée par Chiara Lubich en Mai 1991 à Sao Paulo au Brésil. Elle réunit des employeurs, des travailleurs, des gestionnaires, des consommateurs, des épargnants, des citoyens, des chercheurs, des hommes d'affaires cherchant à construire et à manifester une société humaine où, à l'imitation de la première communauté de Jérusalem, « il n'y avait parmi eux aucun indigent ». (Actes 4 : 34).
Les entreprises, qui en constituent l'épine dorsale, mettent l’homme en leur centre et non l’argent. Elles répartissent leurs bénéfices librement vers :
1 – Les personnes défavorisées ;
2 – La culture du don exposée précédemment et
3 – L’autofinancement de l’entreprise pour la pérenniser.
Témoignages :
Ancré dans les valeurs de l’économie de communion, Laurent Thiéry, chef d’une entreprise de charpente couverture dans le Jura, témoigne de la dimension du partage et du souci de vérité qui l’anime. Ce souci de vérité l’amène à être vrai avec le personnel, vrai dans sa relation avec Dieu et vrai par rapport à la législation. C’est ainsi qu’il refuse le travail au noir, qui est pourtant une pratique courante dans son métier. Pour Laurent Thiéry, Dieu est l’associé invisible, l’actionnaire majoritaire.
Frédéric Dupont, chef d’une entreprise de jardinerie, met lui aussi en pratique l’économie de communion. Il est un semeur de partage… de bénéfices ! Entre les murs de son entreprise, il veut faire régner une ambiance fraternelle où chaque salarié est valorisé, reconnu et où le client est respecté. Un de ses collaborateurs estime que « le don et la gratuité sont des notions capitales ». C’est pour cela qu’il a accepté de gagner moins[71].
Ces expériences sont les signes, les ferments d’une économie ancrée dans l’évangile et d’une nouvelle culture.
OUI à la simplicité plutôt qu’à l’exhibition ou au mimétisme.
Pourquoi tenter d’impressionner par nos biens matériels des personnes qui ne nous aiment pas ?
Ce « Oui à la simplicité » se retrouve un texte de 1980 ayant pour titre « Un engagement évangélique pour un style de vie simple ». Je vous recommande de le lire. Il se trouve sur le site du « Défi Michée »[72] (http://www.defimichee.fr/) et en annexe de ce livre.
Moins
Baissons notre consommation.
La consommation toujours croissante se fait « souvent au détriment de pays moins développés qui subissent les dommages de notre traitement de la nature […] Plus de justice suppose que nous ayons le courage d’appeler à des réductions dans les modes de vie... »[73] « Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre. »[74]
Autrement
Consommons
- « local » pour éviter le transport et créer des liens avec les producteurs ;
Il est à noter que nous sommes de plus en plus éloignés des agriculteurs et que les circuits de distribution sont de plus en plus longs. Les AMAP[75] sont une réponse à ce problème.
Une AMAP est une Association pour le Maintien d'une Agriculture ayant pour objectif de préserver l'existence et la continuité des fermes de proximité dans une logique d’agriculture durable, c'est-à-dire une agriculture paysanne, socialement équitable et écologiquement saine.
Elle réunit un groupe de consommateurs et un agriculteur de proximité autour d’un contrat dans lequel chaque consommateur achète en début de saison une part de la production qui lui est livrée périodiquement à un coût constant.
Nous pouvons partager les principes de l’agriculture paysanne parmi lesquels il y a :
- Le respect de la nature ;
- La valorisation des ressources abondantes et l’économie des ressources rares ;
- La transparence dans les actes d'achat, de production, de transformation et de vente des produits agricoles ;
- L’assurance d’une bonne qualité gustative et sanitaire des produits ;
- Le raisonnement sur le long terme et de manière globale.
Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site : http://www.amap-idf.org/
- « de saison » pour éviter la culture en serre ou le transport ;
- « frais » pour éviter le packaging ;
- « biologique » pour éviter les engrais chimiques et les OGM ;
- « labellisés » (« labels » environnementaux et sociaux).
L’Eglise, un corps source d’alternatives
Le consumérisme appelle à la fois une réponse individuelle et une réponse communautaire de l’Eglise.
Nous, individus et corps de l’Eglise, nous pouvons nous engager dans quatre directions :
1 – Par notre style de vie.
Dans le livre « Vers un autre monde économique »[76], l’économiste Philippe Moati écrit : « Il est désormais acquis que le modèle de consommation occidental, surtout s’il doit se diffuser aux populations nombreuses des pays émergents, est intenable à moyen et long terme sur le plan environnemental. » Subir ou conduire le changement, telle est donc la question.
Or, qui mieux que nous chrétiens, peut changer ? Subir, c’est être la queue ; conduire, c’est être la tête.
Ne nous illusionnons pas : le changement de style de vie se produira nécessairement, ne serait ce qu’en raison de la production pétrolière qui baissera d’année en année. Notre style de vie n’est pas durable.
Il nous faut inventer, initier le changement… et c’est une chance pour nous de promouvoir de nouvelles manières de vivre ensemble fondées sur du sens, de redéfinir ce qu’est une vie bonne, désirée, souhaitée, de donner de l’importance à la dimension relationnelle de la vie plutôt qu’aux conditions matérielles, de promouvoir l’être sur l’avoir.[77]
Une chance aussi de renouveler notre relation à la création et de nous repentir.
C’est très volontairement que j’emploie ce verbe très fort : « se repentir ».
Je m’explique : Dans les milieux protestants évangéliques, il me semble que nous sommes « enclins à réduire la notion de péché au sens individuel de la culpabilité ». Or, le péché comporte une dimension sociale du méfait et une dimension cosmique (péché environnemental)[78].
La foi évangélique – au sens dénominationnel du terme – est trop souvent individualiste et parfois même matérialiste : « Avec Jésus, vous aurez encore plus et votre business prospérera ». Inutile d’écrire que l’auteur de ces lignes ne partage pas cette vision matérialiste de la vie.
Chrétiens, nous marchons à la suite de notre roi : Jésus ; un roi qui n’a pas revendiqué ses droits parce qu’il préférait (apporter) la vie ; un roi qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre afin que par sa pauvreté nous soyons enrichis[79]. Et riches, nous le sommes en effet de valeurs (entre autres) ; de valeurs pour inventer un style de vie aux dimensions fraternelles, créatives, durables, solidaires et généreuses.
L’Histoire nous donne rendez-vous. Y sommes-nous absents ou indifférents ? Sommes-nous trop occupés pour y être attentifs ?
Ce rendez-vous avec l’Histoire, ce « vivre autrement » à imaginer, n’est-il pas l’occasion de marcher plus humblement avec notre Dieu, de pratiquer davantage la justice et de renverser nos murs de séparation ?
2 – En développant une pensée chrétienne.
Qu’individuellement, nous secourions les personnes en détresse est une très bonne chose. Toutefois, des penseurs doivent se lever du milieu de nous, chrétiens évangéliques, pour proposer des alternatives au système économique et social actuel. Face au néo-libéralisme, que nous soyons mal équipés intellectuellement est une évidence. J’encourage donc les plus jeunes d’entre nous à se former, et les moins jeunes aussi !
3 – Par un engagement radical.
Même si nous ne sommes pas tous appelés à ce type d’engagement, je dois y faire référence.
Dès que l’on parle d’engagement radical, on peut penser au jeune homme riche et à l’interpellation que Jésus lui adresse : « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. » (Marc 10 : 21)
En tout temps, le Seigneur a suscité des hommes et des femmes radicaux dans leur engagement.
François d’Assise fut l’un deux[80]. Il vécut au XIIIème siècle alors que l’économie prenait un essor sans précédent et bouleversait la société européenne. Le grand commerce s’éveillait, les activités bancaires, les transferts de fonds, le change et la vente à crédit apparaissaient.
Dans ce contexte, François rompit avec toute propriété pour ne rien avoir à faire avec le maniement de l’argent. Sans vouloir imposer son style de vie à l’ensemble de la société, il lança le mouvement franciscain pour servir de témoin et de ferment.
4 – Par des initiatives originales et la création d’espaces économiques alternatifs.
Sans être exhaustif, voici quelques initiatives originales - nous en avons déjà citée quelques-unes - :
· Noël autrement – Réchauffons nos cœurs – Ne prenons pas la terre pour une dinde ! (Site : http://www.noel-autrement.org/)
· Les rebelles de Noël (Site : http://lesrebellesdenoel.ch/chfr/)
· L’été autrement – Ne prenons pas la terre pour une gourde ! (Site : http://www.ete-autrement.org/)
· La journée sans achats
Exemple de créations d’espaces économiques alternatifs :
· « L’Economie de Communion » (Site : http://edecfoco.free.fr/)
· Les AMAP et le mouvement « Community Supported Agriculture » (Site : http://www.nal.usda.gov/afsic/pubs/csa/csa.shtml)
[1] Christine Boutin « Chrétiens de l’audace pour la politique » page 165
[2] D’après « Pour un Christ Vert » d’Hélène et Jean Bastaire – Editions Salvator
[3] Publicité de 2009
[4] Etude d’ASTEROP menée par TNS SOFRES sur la perception des Français des nouveaux horizons de la consommation.
[5] La définition de l’hédonisme a été trouvée sur le site Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Hédonisme
[6] Jean-Pierre GRABER.
[7] Dans ce domaine, il y a d’autres alternatives que la permissivité claironnante ou le moralisme nostalgique.
[8] Epître aux Romains, chapitre 12, verset 1
[9] Publicité pour téléphone portable, parue en décembre 2001. C’est une jeune femme aux lèvres très « rouge baiser » qui le déclare. Ici, sont mis en parallèle pulsion d'achat et pulsion sexuelle (Analyse de François BRUNE). Ce parallélisme, nous le retrouvons dans le texte suivant : « Car, sachez-le bien : aucun homme qui se livre à l’inconduite, à l’impureté ou à la soif de posséder – qui est une idolâtrie – n’a d’héritage dans le royaume du Christ et de Dieu. » (Ephésiens 5 : 5)
Il est à souligner que nous n’éprouvons plus aucun sentiment de culpabilité face à la soif de posséder, tant elle est légitimée par notre contexte – nous y reviendrons.
[10] D’après l’article « Pour une société de frugalité » de François Brune.
[11] Ce manque de persévérance, je le retrouve chez de nombreux élèves collégiens, incapables d’un effort dans la durée.
[12] Jean-Pierre Graber – Les périls totalitaires en occident – page 213
[13]Ancienne accroche du centre commercial « Parly 2 » (Ouest parisien)
[14] « Et l’homme dans tout ça ? », Edition Emmaüs, pages 309 et 310
[15] Edition Desclée De Brouwer, page 21
[16] Page 28 du livre précédemment cité.
[17] D’après « Pour un Christ Vert » d’Hélène et Jean Bastaire – Editions Salvator, pages 35 et 36.
[18] 1 Jean 2 : 16-17 (La Bible du Semeur)
[19] Chanson d’Alain SOUCHON
[20] Epître de Paul aux Philippiens, chapitre 4, verset 12.
[21] Selon la première lettre de Paul à Timothée, chapitre 5, versets 5 et 6.
[22] Selon 2 Timothée 2 : 4
[23] Lettre encyclique « Caritas in Veritate » - Benoît XVI
[24] Marc-Olivier Arnold et Saverio Tomasella – Article : « Métasémiotique des représentations de la femme et de l’homme dans la publicité », © 2004, CEM.
[25] « Comment l'esprit vient aux objets », et «Petites mythologies d'aujourd'hui » de Serge Tisseron – Éditions Aubier
[26] « Le Livre noir de la pub : Quand la communication va trop loin », Florence AMALOU, Editions Stock
[27] Marc-Olivier Arnold et Saverio Tomasella (Psychanalyste)
[28] Chanson « Foule sentimentale », Alain SOUCHON
[29] Source : « La société de consommation de soi » - Dominique Quessada – Editions verticales, 1999.
[30] Dans « Le grand débat » du 11 décembre 2009 sur Radio Notre-Dame, Patrice De Plunkett affirmait que « La philosophie libérale et la société de consommation hyper-individualiste produite par le libéralisme détruisent toutes les communautés, moralement et socialement, y compris les communautés nationales. Par conséquent, chercher l'identité nationale en évitant de parler du facteur économique qui est entrain de la dissoudre dans le monde entier, c'est parler hors du sujet. »
[31] Source : site « Philosophie et spiritualité » (http://sergecar.perso.neuf.fr/)
[32] Éphésiens 6 : 12 : « Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes. »
Colossiens 2 : 15 : « Il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d'elles par la croix. »
[33] Hélène et Jean Bastaire – « Pour un Christ Vert », Salvator, Paris
[34] Source : http://teleobs.nouvelobs.com/
[35] Source : http://fr.novopress.info/44829/ecologie-mahmoud-ahmadinejad-fustige-materialisme-et-consumerisme/
[36] Contentement de mets simples (de simplicité).
[37] Selon Esaïe 58 et Michée 6 : 8
[38] Genèse 2 : 7a : « L'Éternel Dieu façonna l'homme avec de la poussière du sol. »
Traduction par André Chouraqui : « IHVH-Adonaï Elohîms forme le glébeux Adâm, poussière de la glèbe Adama. »
[39] Genèse 2 : 7b. Traduction par André Chouraqui : « Il insuffle en ses narines haleine de vie : et c'est le glébeux, un être vivant. »
[40] Genèse 9 : 9-16
[41] Genèse 1 : 10, 12, 18, 21, 25
[42] Genèse 1 : 31 : « Dieu considéra tout ce qu'il avait créé, et trouva cela très bon. »
[43] Traduction Le Semeur
[44] Mythe prométhéen. Dans le même sens, en 1896, le chimiste Marcellin Berthelot écrivait : « Dans ce temps-là, il n’y aura plus dans le monde ni agriculture, ni pâtres, ni laboureurs : le problème de l’existence par la culture du sol aura été supprimé par la chimie ! » (M. Berthelot, Science et Morale, Paris, éditions Calmann-Lévy, 1896)
Aujourd’hui, l’agriculture s’industrialise et les paysans sont transformés en exploitants.
[45] A Dubaï, l’immense tour se conjugue avec une dette publique abyssale : plus de 100 milliards de dollars !
[46] Lettre aux Romains 1 : 20
[47] Voyez le billet : http://bloguequipeut.wordpress.com/2009/12/10/pour-une-evangelisation-de-lecologie/
[48] Source : http://bloguequipeut.wordpress.com/
[49] Politique de restriction de la natalité.
[50] Source : http://plunkett.hautetfort.com/archive/2009/05/01/les-ecologistes-radicaux-declarent-la-guerre-au-malthusianis.html
[51] Romains 12 : 1-2
[52] Luc 12 : 15
[53] D’après Psaumes 37 : 4
[54] Matthieu 13 : 20-23
[55] Source : Site « casseurs de pub » ( http://www.casseursdepub.org/index.php?menu=pourquoi)
[56] Colossiens 3 : 15b : « Soyez reconnaissants. »
[57] Jean-Paul II
[58] François HUGUENIN
[59] Source : http://www.christnet.ch/PDF/Fr_Home_Economy_11_16_2009_9_37_Schulungsunterlagen_fr.pdf
[60] Deutéronome 5 : 14
[61] D’après un compte-rendu d'une soirée table ronde tenue le jeudi 28 février 2002 à la Maison Diocèsaine Saint Vaast à Arras.
[62] Selon « L’écologie de la Bible à nos jours ». Patrice De Plunkett. Editions de l’œuvre. Page 185
[64] Secrétaire au Travail de 1992 à 1997 sous la présidence de Bill Clinton.
[65] http://www.liberation.fr/economie/0101114538-le-supercapitalisme-a-infeste-le-processus-democratique
[66] Référence au livre « No Low Cost » écrit par Bruno Fay et Stéphane Reynaud, Editions du Moment 2009
[68] Source : Site « Artisanat SEL »
[69] Lettre encyclique de Benoit XVI, Caritas In Veritate
[70] Source : Site « Economie de Communion - La culture du don » http://edecfoco.free.fr/
[71] Source : Site du journal « La Croix » - 20/10/2009 - http://www.la-croix.com/Dans-le-Nord-des-jardiniers-semeurs-de-partage/article/2398403/55550
[72] Le « Défi Michée » est une initiative de l’Alliance Evangélique Mondiale et d’un Réseau d’œuvres chrétiennes impliquées dans des actions de secours d’urgence, de développement et de plaidoyer. Il veut mobiliser les chrétiens contre la pauvreté et les voir engager, en tant que croyants, aux côtés des pauvres et en leur faveur.
Le verset à la base de cette initiative se trouve dans le livre du prophète… Michée ! « Ce que le Seigneur attend de toi c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, que tu marches humblement avec ton Dieu. » (Michée 6 : 8)
[73] Cardinal Vingt-Trois
[74] Gandhi
[75] Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne
[76] Editions Descartes et Cie, septembre 2009
[77] Source : « Vivre autrement – Pour un développement durable et solidaire » - Semaines sociales de France – Editions Bayard © 2008
[78] Inspiré par Mgr Emmanuel, Président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France.
[79] Selon 2 Corinthiens 8 : 9
[80] Source : « L’écologie de la Bible à nos jours ». Patrice De Plunkett. Editions de l’œuvre. Pages 85 et suivantes.


