Dieu et Moi

Savoir éviter le burn-out (Ephésiens 2.10)

Les chrétiens engagés dans un ministère risquent souvent l’hyperactivité, l’épuisement et le burn-out. Les Cahiers de l’école pastorale, destiné aux pasteurs, nous aident à discerner.

« Dieu œuvre autant lorsque nous nous retirons que lorsque nous sommes présents. (…) D’ailleurs, Dieu ferait bien mieux sans nous. » Ces phrases ont sans doute de quoi choquer certains d’entre vous. Mais elles sont bibliques. Lisez par exemple le psaume 127. La théologie du mérite a fait beaucoup de dégâts et pas seulement chez les catholiques. Or, dans le même texte, il y a quand même ces mots : « Mais il [Dieu] choisit de nous associer à son œuvre, tout en respectant nos limites. »
Vous trouverez ces phrases dans un texte consacré à une maladie qui touche trop de pasteurs : le burn-out. Il s’agit d’un « épuisement professionnel ». Le terme anglais burn-out vient de l’univers aéronautique et désigne « l’extinction de la flamme de la fusée, lorsque le carburant est épuisé. Chez l’être humain, c’est un état qui noircit tous les tableaux et qui empêche de discerner avec objectivité. »
L’auteur de ce texte de 30 pages est Jonathan Ward, qui dirige un lieu d’accueil dans les Alpes pour les pasteurs qui ont besoin de se ressourcer spirituellement, physiquement et psychologiquement. Le texte est publié dans le n° 77 des Cahiers de l’école pastorale, une excellente revue trimestrielle évangélique qui demeure scandaleusement méconnue par la plupart des chrétiens. Théologique, le magazine peut quand même être lu et compris par la plupart des chrétiens non spécialistes. Une grâce, donc.

Si ce texte est destiné aux pasteurs, il évoque le cas bien connu de tous ces chrétiens qui travaillent trop et qui n’arrivent plus à gérer leur engagement dans l’Eglise. A l’hyperactivité, liée au sentiment permanent et maladif d’insuffisance mais aussi aux attentes déçues (on aurait tant aimé être Billy Graham ou Rick Warren…), succède un profond mal-être. La personne malade finit par éviter les personnes qu’elle est censée servir. Elle n’a plus envie de rien. Elle a l'impression que Dieu ne lui parle plus. Sur le plan physique, les symptômes sont ceux du stress : insomnies, tensions, baisse des défenses immunitaires, etc.. Sur le plan psychologique, la personne malade connaît une démoralisation, une dépersonnalisation, une déformation de la perception, des sentiments de culpabilité. Si le burn-out n’est pas une dépression, elle atteint la passion, la motivation et l’engagement. Même si ce n’est pas dit explicitement dans le texte, on peut penser que la personne est travaillée par le diviseur.
Pas moins de 75% des pasteurs outre Atlantique « vivent des niveaux de stress suffisamment élevés pour risquer le burn-out. Les chiffres ne sont pas meilleurs chez les conjointes », selon Jonathan Ward. La personne qui souffre du problème entraîne aussi l’entourage dans cette spirale infernale.
Il serait impossible ici de résumer ce très riche texte en quelques lignes. Nous signalons seulement ce qui nous a marqué plus particulièrement. Prenons par exemple « les fausses vérités qui régissent nos ministères », selon l’auteur. L’éducation chrétienne dit par exemple « sois fort, soi courageux ». Mais le « message reçu et intériorisé » est celui-ci : « Je dois cacher ma souffrance, ma peur, mes faiblesses ». Le message que l’on croit biblique « les besoins des autres passent avant tes besoins » se transforme en « je n’ose pas prendre du temps pour moi ». Et le fameux « sois gentil » devient « je ne dois pas m’affirmer ». C’est terrible parce que c’est – trop souvent – vrai. C’est ainsi que fonctionnent trop de chrétiens. Nous en connaissons beaucoup. Et vous aussi probablement, si vous êtes engagé dans une Eglise. Et peut-être pouvez-vous aussi vous identifier à ces problèmes.  
Que faire ?
S’arrêter. Cesser de vouloir impressionner les autres (ce qui pourrait d’ailleurs être un péché). S’occuper sérieusement de soi. Dresser des priorités dans notre vie de chrétien. Car il est évident que Dieu ne veut pas qu’on souffre de cette manière. Dieu est compassion, amour, bonté. Il ne veut pas qu’on soit comme des insomniaques démoralisés ! Et la personne qu’il faudrait aider n’est pas forcément aidée par un pasteur qui est lui-même au bord de la dépression nerveuse !
Il faut connaître ses limites. C’est tout.
L’auteur se réfère en particulier aux Ephésiens 2.10. Il y est question d'œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance afin que nous les pratiquions. Comment les discerner, ces œuvres bonnes ? C’est la question. Qu’est-ce que Dieu a préparé pour nous ? Pour le savoir, il faut s’écouter soi-même sans doute. Il faut surtout demander à Dieu de les montrer. « En sachant que je ne peux pas tout faire, sur quoi Dieu voudrait-il que je concentre mes efforts ? » comme le résume Jonathan Ward dans ce texte particulièrement utile. Il y a même un questionnaire qui permet de mesurer votre tendance relative au burn-out. Une chose est sûre : si l’objectif est plutôt de plaire aux autres que de plaire à Dieu, on est mal barré. Il faut parfois des années pour sortir de la maladie. Alors, soyons en Christ, pensons aussi à nous-mêmes ! Faisons des retraites spirituelles. Du bricolage. De la peinture. De la musique. N'importe quoi. Et refuser la culpabilité !
Ward écrit : « A cause de la pression du ministère, nous avons tendance à nous sentir coupables lorsque nous prenons du temps pour nous. Mais sommes-nous vraiment aussi indispensables que les autres voudraient nous le faire croire ? » Tout est là, dans cette simple question. Et la réponse est évidente : « Dieu œuvre autant lorsque nous nous retirons que lorsque nous sommes présents ». C’est Henri Nouwen qui dit ça. Les évangéliques comme Jonathan Ward (et nous-mêmes aussi) aiment se référer à ce très grand théologien catholique canadien qui a consacré la dernière partie de sa vie auprès de personnes lourdement dépendantes. Il y avait trouvé le sens de sa vie. Mais il ne se croyait pas indispensable.
Henrik Lindell
Ce texte a été mis en ligne le 9 novembre 2010.

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