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La culture de l’image, du divertissement et des médias PDF Imprimer Envoyer
Alain Ledain, du blog Ethique chrétienne, propose son analyse de la culture de l’image et du divertissement. Il oppose cette culture de l’apparence à la démocratie et à l’Evangile. Edifiant.

Pour bien commencer cette année 2011, nous vous proposons ce texte d'Alain Ledain, qui mène un travail original sur l’éthique chrétienne sur son blog Ethique chrétienne.com. Evangélique et professeur de mathématiques, il se réfère à différentes sources chrétiennes, l’Eglise catholique en particulier, et aux sciences humaines. Il s’inspire par exemple de l'excellent blog de l’enseignant catholique Hubert Houliez, qui signe des articles particulièrement riches dans différents domaines bibliques, notamment l’éthique sociale. Ce sont des amis en Christ, qui au-delà de leur réflexion pertinente sur notre société contemporaine, montrent que ce qui nous unit, nous les chrétiens convertis, est infiniment plus important que ce qui nous sépare.
HL


La culture de l’image, du divertissement et des médias


Annoncer l’Evangile de façon pertinente suppose d’avoir décrypté la société à laquelle il est destiné. La notre est traversée par de grands courants : le consumérisme, le relativisme et la culture de l’image, du divertissement et des médias.
C’est ce dernier courant que j’aimerais analyser dans cet écrit. Il s’oppose à la démocratie en ce qu’il nous rend spectateur plutôt qu’acteur et, sous plusieurs aspects, à l’Evangile, ce que je vais tenter de démontrer en six parties.

1 – L’apparence prédomine sur la réalité (le paraître prime sur l’être)

Dans la culture de l’image, portée entre autre par la publicité, règnent la superficialité, le culte stérile de l'individu, le mythe de la jeunesse éternelle et l’égocentrisme. Elle impose des modèles (stars de la chanson, stars du cinéma, actrices de publicités…) et un idéal qui n’existent parfois pas, résultat de la retouche photos.
Dans son livre 99 Francs, Frédéric Beigbeder écrit : « Je me prénomme Octave… Je suis publicitaire… Je suis le type … Qui vous fait rêver de ces choses que vous n’aurez jamais. Ciel toujours bleu, nana jamais moches, un bonheur parfait, retouché sur PhotoShop. Images léchées, musiques dans le vent… Le Glamour, c’est le pays on l’on n’arrive jamais… »
C’est ainsi qu’il y a une perte d’appréciation entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas et une perte du sens de la réalité. Une conséquence peut être, chez certains, un complexe quant à leur physique.

« Jadis, la beauté était un idéal. Aujourd’hui, au travers des images publicitaires, le souci esthétique […] est une obligation, une contrainte, un devoir culturel qui pèse lourd sur l’estime de soi. La beauté est une source d’oppression dans notre société où l’apparence est devenue primordiale. Elle s’est imposée, tout comme la jeunesse, au rang des moyens de distinction sociale. »
Source : Marc-Olivier Arnold et Saverio Tomasella – Article : « Métasémiotique des représentations de la femme et de l’homme dans la publicité », © 2004, CEM

« On nous inflige Des désirs qui nous affligent… On nous Claudia Schiffer… Oh le mal qu'on peut nous faire... » (
« Foule sentimentale » par Alain Souchon)

Fort heureusement, « l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au cœur. » (1 Samuel 16 : 7) Parlant du messie, Esaïe prophétisera : « Il n'avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, Et son aspect n'avait rien pour nous plaire. » (Es. 53 : 2b)

Certes, il y a un équilibre à trouver : il ne s’agit pas de se négliger mais d’avoir un juste regard sur nous-mêmes et sur notre prochain. Rappelons que la dignité humaine ne dépend pas de la beauté physique : elle est une valeur absolue et non relative. Elle ne dépend ni de la beauté, ni de l’intelligence, ni de la bonne santé, ni de la productivité. Elle est intrinsèque à l’être humain créé à l’image de Dieu, image qui n’est pas physique mais intérieure. Pour aller plus loin, lisez l’article d’Hubert Houliez :
« Fondements d’une éthique sociale chrétienne : La dignité de la personne ».

2 – Les images et le divertissement nous rendent insatiables


Ecclésiaste 1 : 8b : « L'œil ne se rassasie pas de voir, et l'oreille ne se lasse pas d'entendre. »
L’appétit quasi insatiable de l’homme pour les distractions le rend dépendant ; le divertissement agit comme une drogue. Les stimulations doivent être de plus en plus fortes au risque d’être saturé par l’ennui. « Trop de divertissement tue le divertissement. »
« L’ennui que nous ressentons nous pousse rarement à ralentir nos activités divertissantes. Au contraire, l’ennui qui résulte de nos divertissements nous pousse à davantage de divertissement […] D’une manière générale, l’ennui peut nous pousser à avoir des comportements à risques. Puisque nos sens ne réagissent plus à un divertissement ordinaire, il nous faut aller plus loin, plus vite, plus fort. » Dans son article « Le divertissement et l’ennui – La culture de l’amusement et ses conséquences » dont est tirée la précédente citation, Nicolas Farelly, professeur du Nouveau Testament à l'Institut Biblique de Nogent-sur-Marne, nous donne quelques pistes pour sortir du marasme (en italiques) :
Prendre du temps ensemble (converser, communiquer en vis-à-vis – donc de façon incarnée – plutôt que de façon assistée via facebook, MSN ou tout autre réseau social très chronophages) ;
Faire du divertissement, qui n’est pas mauvais en soi, un serviteur et non un maître ;
S’arrêter et réapprendre à prendre plaisir dans les choses simples et ordinaire de la vie (ballades, bricolage, cuisine, lectures…) ;
Réfléchir au sens, au but, à la finalité de la vie, à « l’appel qui nous a été adressé » (Ep. 4 : 1).
Pour allez plus loin, lisez l’article entier sur le site du Forum culturel protestant.

3 – Le « style divertissement » influence nos vies en église


A – Quand  le style divertissement prédomine, les temps de louange de nos cultes ne sont plus des temps de célébration mais se transforment en concerts jugés sur la qualité technique (voix, mixage…) et sur l’habillement des choristes.
Dans cet état d’esprit, le pasteur  n’est plus un conducteur spirituel mais un animateur, un présentateur ou un acteur. On lui demande de créer du mouvement et de l’évènement.
Or, la Vie ne provient pas du mouvement, c’est l’inverse : c’est le mouvement qui vient de la Vie. Il nous faut donc rechercher la vie de Dieu.
Un pasteur devenu animateur deviendra très vite un animateur (s’il le peut encore !) car la vie spirituelle aura quitté son assemblée…

B
– Le style divertissement nous rend apathique aux discours (messages) sérieux. Le prédicateur doit être amusant, sensationnel, humoriste. Trop imprégnés de la culture du spectacle, nous espérons qu’il nous fasse rire, que son prêche se transforme en « one man show ».
Pour reprendre un extrait du livre Se divertir à en mourir de Neil Postman, « Quand une population devient folle de fadaises… quand un peuple devient un auditoire… la mort les menace. » (4)
« Qui est préparé à prendre les armes contre un monde d’amusement ? A qui nous plaindre, et quand, et sur quel ton, quand le discours sérieux se dissout en gloussements ? Quel est l’antidote contre une culture asséchée par le rire ? » (5)
Mais en toutes choses, il y a un équilibre à tenir. Un enseignement serait tout autant desservi si  l’église s’ennuyait et ne le retenait pas. L’art oratoire doit trouver sa place. Ainsi, par exemple, si l’humour ne doit pas être le message, il ne doit pas nécessairement en être exclu.

C
– Nous ne sommes pas complètement dans le monde de 1984 de George Orwell qui est un monde policier et totalitaire où la liberté d’expression n’existe plus du tout (« Big Brother is watching you. ») : nous avons accès à la vérité, nous pouvons lire la Bible mais vérité et Bible risquent de ne plus nous intéresser. « Entertain us » (divertissez-nous) chante le groupe Nirvana dans la chanson « Smells Like Teen Spirit » (« Ça sent l’esprit ado »).

4 – Habitués à la succession rapide des images et de l’information, la réflexion est remplacée par des slogans

La culture de l’image est associée à la rapidité, à l’instantanéité et, au plan des idées, aux slogans.
Les slogans sont des phrases ou formules choc, brèves, bien rythmées et frappantes. Notés avec excitation, oubliés avec promptitude !
Trop habitués aux slogans, il devient difficile de réfléchir. On attend des réponses courtes aux grands problèmes de la vie. Une personne qui a entendu un million de slogans publicitaires risque fort de croire que tous les problèmes ont des solutions rapides grâce à des mesures simples – ou devraient en avoir (6). Or la réflexion demande du travail, de l’arrêt et du discernement.
Proverbes 1 : « 1 Proverbes de Salomon, fils de David, roi d'Israël… 4 Pour donner aux simples du discernement, Au jeune homme de la connaissance et de la réflexion. »
Proverbes 8 : « 12 Moi, la sagesse, j'ai pour demeure le discernement, Et je possède la science de la réflexion. »

Les conséquences du manque de réflexion et du manque de discernement sont désastreuses. « 9 Et ce que je demande dans mes prières, écrira l’apôtre Paul dans sa lettre aux Philippiens (chap. 1), c'est que votre amour augmente de plus en plus en connaissance et en pleine intelligence 10 pour le discernement des choses les meilleures, afin que vous soyez purs et irréprochables pour le jour de Christ, 11 remplis du fruit de justice qui est par Jésus Christ, à la gloire et à la louange de Dieu. »

De plus, trop coutumiers de l’immédiateté, il y a une perte évidente de la puissance d’attention, de concentration, et cela des écoliers aux adultes.
Pour le chrétien, les conséquences peuvent être une lecture de la Bible de plus en plus courte et, lors des cultes, le passage d’un thème à l’autre de plus en plus rapide sans recherche de cohérence. « Que vais-je faire de tous ces messages sans lien les uns avec les autres ? » Le risque est de répondre : « Rien ! »
Dans une société de spectacles, on ne recherche plus le Royaume de Dieu et sa justice : on l’attend passivement.

Sortir de la tyrannie du présent, apprendre et grandir en maturité exigent la persévérance et une certaine dose de transpiration. Dans la vie (la vraie !), il y a des victoires qui s’arrachent dans l’effort. « Persévérance », » transpiration », « effort », des mots peu en phase avec l’air du temps… mais le temps est mauvais !

5 – L’inflation des idées et des sources dilue la vérité


« Tout le monde parle et personne n’écoute. » Tout n’est que « paroles, paroles, paroles ». Dans nos pays, la vérité est accessible mais elle est diluée, noyée dans une mer d’informations. L’Evangile pourrait paraître n’être qu’un baratin publicitaire de plus parmi beaucoup d’autres. On ne peut donc qu’inciter à la prudence dans le contenu de nos messages et l’utilisation des médias.
Des slogans du type « Venez à Jésus et tous vos problèmes seront résolus » sont inadéquats et relèvent de la publicité mensongère.
L’authenticité de nos vies (l’incarnation de la vérité) est le meilleur message que nous puissions délivrer.
Être authentique, c’est :
- cultiver de bonnes pensées : Philippiens 4 : « 8 Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l'approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l'objet de vos pensées. »
- par l’amour, trouver sa joie dans ce qui est vrai (1 Co. 13 : 6) ;
- être débarrassés du mensonge et dire la vérité à son prochain (Ep. 4 : 25) – y compris sur nous-mêmes ! ;
- n’admettre aucun écart entre nos paroles et notre comportement.

6 – L’image et l’émotion prennent le pas sur la réflexion

L’image nous laisse peu de recul réflexif contrairement au livre. Elle provoque de nombreuses émotions au risque de les émousser.
Stephen A. Douglas, homme politique américain du XIXème siècle, répondit à de longs applaudissements par cette déclaration : « Je désire m’adresser à votre jugement, à votre compréhension et à vos consciences, non à vos passions et à vos enthousiasmes. » (7) Quel homme politique tiendrait aujourd’hui un tel discours ?
Tout prédicateur de l’Evangile pourrait dire : « Je désire que nous soyons renouvelés dans notre intelligence. Je désire le développement de notre relation avec Jésus-Christ, pas notre satisfaction à tout prix.  C’est pourquoi je ne souhaite pas vos applaudissements ; c’est pourquoi je n’en appelle pas à nos seules émotions. Considérons attentivement nos voies. Fortifions-nous. Travaillons. » (selon les paroles du prophète Aggée)
Comprenez : les émotions ne doivent pas être brimées mais elles ne doivent en aucun cas être le moteur de nos décisions, de nos changements intérieurs. A la télévision, montrez un vieillard qui souffre et vous justifierez l’euthanasie ; montrez un enfant handicapé et vous justifierez l’eugénisme (9).
Les émotions ne doivent pas nous mener à désirer n’entendre que des choses agréables :
2 Timothée 4 : « 3 Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine ; mais, ayant la démangeaison d'entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, 4 détourneront l'oreille de la vérité, et se tourneront vers les fables. »

Pour terminer
A
– Parce qu’il est à l’image de Dieu, l’homme est créatif. C’est dire que l’expression artistique est un don du Créateur. On comprend ainsi que, dans le terreau de l’Evangile, l’art se soit développé. Que l’on pense, par exemple, à Jean Sébastien Bach que l'on peut considérer comme le plus grand compositeur du style baroque et comme l'un des plus importants de tous les temps. Je crois, qu’au plan artistique, nous devons être davantage producteurs de culture que consommateurs de divertissements. L’Evangile ne nous incline-t-il pas à la noblesse et à la beauté, à l’élévation du cœur à de nobles sentiments ?
(Courte parenthèse)
En aucun cas, il ne nous pousse à la dépravation (pratiques dégradantes sous toutes leurs formes, propos grossiers ou stupides), à la valorisation de l'infidélité, à l'élimination du plus faible, à l'humiliation des perdants et au voyeurisme (magazines people, émissions trash de la télé réalité…). (« Trash » en anglais signifie « ordure »)
Que faisons-nous de nos « temps de cerveau disponibles » ?
Je fais ici allusion aux propos de Patrick Le Lay, ex-PDG de TF1 : « … A la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (...) »
Source : Dépêche AFP du 9 juillet 04, reprise notamment par Libération (10-11/07/04) : « Patrick Le Lay, décerveleur ».

Rachetons le temps ; ne prenons pas part aux œuvres infructueuses des ténèbres ! (Ep. 5 : 11)
(Fin de la parenthèse)

B – Que l’image et le paraître priment sur l’être est le résultat d’un système de valeurs erronés induit par le péché. Le divertissement peut devenir une culture de mort.
Pour une juste perception de la réalité (œil en bon état), nous avons besoin de revenir à Dieu. Jésus nous avertit : « 22 L'œil est la lampe du corps. Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé ; 23 mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres ! » (Mt. 6)
Pour sortir des ténèbres provoquées par nos fausses appréciations, « Il est temps de chercher l'Éternel, Jusqu'à ce qu'il vienne, et répande pour nous la justice. » (Selon Os. 10 : 12) Cherchons l’Eternel pour vivre (Am 5 : 4) ; cherchons l’Eternel pour une culture de vie. Cessons d’aimer nos dépendances, nos oppressions.
Réconcilions-nous avec Celui qui nous demandera de rendre compte de la gestion de notre temps. Cessons de fuir ; cessons de nous fuir. Sortons de notre torpeur, de nos étourdissements. Plaçons-nous devant Dieu.

________________________________________
[4] D’après le livre « Se divertir à en mourir » de Neil Postman – Nova éditions, page 232
[5] Ibid., page 233
[6] Ibid., page 198
[7] Ibid., page 77
[9] Volonté d’améliorer l’espèce humaine notamment à l’aide de la technologie génétique.

Alain Ledain
Cet article a été mis en ligne le 1er janvier 2011. A lire sur le blog unregardchretien.com avec plusieurs autres articles sur l'éthique chrétienne.

 

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