




| Crise financière (1) : une occasion de se remettre en cause |
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La crise financière mondiale aura des répercussions sociales importantes. C’est le moment de s’interroger sur notre système économique actuel. Chacun a compris
Une crise mondiale Tout d’abord un constat. Les chefs d’Etat occidentaux sont désormais d’accord pour dire que le monde n’a pas connu de tels problèmes financiers depuis la Grande dépression dans les années 30. Cette référence fait peur. Le krach boursier à New York en octobre 1929 constitua le début d’une période de crise économique et de chômage de masse qui dura entra quatre et dix ans dans tous les grands pays industrialisés du monde. Aux Etats-Unis et en Allemagne, il y avait des émeutes de la faim. C’était une situation sociale terrible dont profitèrent des forces politiques obscures, notamment les nazis, nous conduisant droit à la Seconde guerre mondiale et à la Shoah. Si on n’en est pas à craindre la famine dans nos pays riches, ni la montée en puissance de forces politiques fascistes (même s’il faut toujours s’inquiéter de la nocivité de l’extrême-droite), il faut noter des évidences déjà très préoccupantes : les bourses s’effondrent ; des grandes banques font faillite ; des épargnants sont ruinés ; des ménages sont surendettés ; des entreprises sont étranglées, faute de liquidités ; les investisseurs n’ont plus confiance. Selon des « lois » bien connues en économie, le chômage devrait monter partout en Occident. Plusieurs groupes industriels tablent déjà sur des « plans sociaux », euphémisme cynique qui désigne des licenciements massifs. Il n'y a plus de confiance Les gouvernements ne restent pas immobilisés face à ces phénomènes. Un exemple est fourni par le gouvernement britannique, connu pour son attachement à l’économie libérale. Il en est à nationaliser partiellement certaines banques qui sinon ne survivraient pas. Mais on est loin d’un programme d’action qui restaurerait efficacement la confiance des investisseurs sur les marchés. Et on est très loin d’un retour à la confiance aux marchés en général. Trop de gens se sont trompés en misant sur un système devenu totalement fou. Le Fonds monétaire international, dans son rapport Perspectives économiques mondiales, rendu public le 8 octobre, table sur une croissance autour de zéro pour les pays occidentaux riches et de 3% pour le monde dans son ensemble pour l’année 2009. C’est un chiffre exceptionnellement bas et qui risque d’être encore revu à la baisse. Dans la plupart des pays pauvres, où l’augmentation démographique est très forte, la croissance économique doit dépasser au moins les 5% pour que les valeurs ajoutées en question aient des retombées positives sur la population en général. On en sera loin dans les temps qui viennent dans beaucoup de pays. En ce qui concerne la plupart des pays riches, toujours selon le FMI, le chômage devrait augmenter, parfois de plusieurs points, en 2009. La responsabilité est collective Quelle que soit l’analyse précise qu’on fait de cette situation, personne ne peut sérieusement dire que le système financier international repose sur des mécanismes sains. Pendant plus d’une décennie, des spéculateurs, des banques et des compagnies d'assurance, en jouant sur leurs écrans avec l’argent qui ne leur appartenait pas, se sont employés à couper le monde des finances de l’économie réelle, là où l’on produit concrètement des biens et des services. La richesse opulente de quelques-uns s’est construite sur le travail de la plupart. Beaucoup se retrouvent aujourd’hui ruinés. On peut, si l’on veut, imputer certaines fautes à certaines personnes en poste de responsabilité, mais il est évident que la responsabilité générale est collective. Les spéculateurs ont agi sur ordre de leurs employeurs qui, à leur tour, ont été applaudis par les actionnaires, tant que le bilan était positif. Ces actionnaires ne sont pas seulement quelques happy few ultra riches qui placent leur argent sur des comptes off shore aux Iles Caïman. Ce sont généralement des gens qui se veulent responsables et respectables. L'actionnariat est devenu un phénomène extrêmement populaire. Et puis, certains actionnaires de taille sont tout simplement des ... Etats. La "main invisible" n'existe pas Les Etats n’ont pas voulu ou n’ont pas su imposer suffisamment de règles dans le système des finances. Les chefs d’Etats pensaient que les marchés s’autoréguleraient. Effectivement, selon le père de la théorie de l’économie libérale, Adam Smith, une « main invisible » règlerait tous les problèmes. En Occident, sauf si on était franchement à gauche (auquel cas on était parfois aveuglé par des idées autrement néfastes), il était longtemps de bon ton de faire semblant d’y croire. Cette croyance que l’on enseigne toujours dans certaines facultés est d’une naïveté d’autant plus surprenante que les Etats de droit ont toujours établi les règles du jeu. Ce n’est pas grâce seulement « aux marchés » que la mondialisation « libérale » a pu exploser ces dernières décennies. Contrairement à ce que prétendent certains économistes libéraux, la mondialisation a toujours été accompagnée, encadrée, soutenue et même organisée par les Etats. Et c’est normal. Les Etats sont là pour faire des règles et même pour contraindre. Cela fait partie de notre « contrat social ». Mais c’est à partir du moment où les Etats se disent incapables ou incompétents pour établir des règles en économie que les problèmes commencent. Car, bien entendu, il n’y a pas de « main invisible ». Bien entendu, il n'y a pas d'"autorégulation", sauf si on croit à la magie. Certes, les Etats de droit contrôlent parfois trop l’économie. En France et dans les pays scandinaves, l’Etat providence a eu une fâcheuse tendance à faire beaucoup trop. Mais cela appartient au passé. Aujourd’hui, le problème est l’absence de règles en économie. C’est pire que tout, parce que c’est le chaos, la loi de la jungle. Le monde de la finance actuel, derrière les vitres polies et épaisses dans les beaux quartiers, est comme un bateau ivre dans une mer de cupidité et de désirs de puissance insatiables. Ce qu’en pensent les Eglises De tous les temps, les chrétiens et leurs Eglises ont eu leurs mots à dire - plus ou moins bienvenus d'ailleurs - sur la gestion des biens communs et la redistribution des richesses. « Nos sociétés sont ébranlées. Et comme toujours, en pareil cas, les plus pauvres sont les premières et bien innocentes victimes », explique ainsi dans un communiqué le Conseil épiscopal français pour les questions familiales et sociales le 8 octobre. Après avoir discuté avec des experts du monde de la finance, les cinq évêques catholiques dudit Conseil font cette observation essentielle : « Quand la finance prétend être sa propre fin et n'est plus animée que par le désir exclusif du profit, elle perd la tête ». Et d’inviter chacun à s'interroger sur son rapport à l'argent, sur ses manières de faire fructifier son épargne et de recourir au crédit. D’après l’archevêque de Rouen Jean-Charles Descubes, président du Conseil, l'Eglise doit poursuivre sa réflexion sur l'éthique financière avec des dirigeants d’entreprise et des responsables politiques. Que faire ? Pour en sortir, les évêques français pensent qu’il faut de nouvelles règles et une coopération entre les Etats et une réflexion éthique. Cette dernière concernerait « les pratiques spéculatives visant la rentabilité maximum à court terme », « les systèmes de rémunération et de gratification des dirigeants d'institutions financières surtout quand ils ont contribué à la crise », « une plus grande traçabilité de l'argent », « un recours plus raisonné au crédit et une réorientation du marché financier par des investissements socialement responsables au service d'une économie productive et modulée par les exigences environnementales ». Bien sûr, la liste n'est pas exhaustive. Surtout, elle ne prend pas en compte l'essentiel, qui est sous-entendu. Le changement nécessaire passe d'abord par notre propre changement individuel. Il nécessite généralement une conversion du coeur. Comment y parvenir ? Quels principes généraux doivent nous guider dans la vie en société ? Pour cela, il faut lire le seul livre qui est totalement crédible à tout moment pour tous les temps : la Bible. Que lire dans la Bible ? La lecture de la Bible est toujours dangereuse. D'abord parce qu'elle change votre vie d'une façon que vous n'aviez pas forcément prévue. Ensuite parce qu'on peut mal lire la Bible et se mettre à l'interpréter n'importe comment. Quand il est question d'économie, par exemple, la lecture de la Bible est souvent superficielle. Beaucoup s'arrêtent au fameux passage dans l'évangile de Luc où Jésus dit : « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Luc 16.13). Effectivement, nos sociétés ont des expressions proprement idolâtres à l'égard de l'argent. Peu de gens avoueraient "adorer" l'argent, mais ils sacrifient des pans entiers de l'économie sur l'autel de la rentabilité financière. Tout le monde a maintenant une occasion d'étudier la perversité de cette idôlâtrie du dieu Mammon. Mais ce n'est pas parce qu'on décide un jour de placer toute sa confiance en Dieu qu'on a compris tout l'enseignement biblique sur l'économie, la pauvreté, la nécessaire redistribution des richesses. Pour cela, il faut aller plus loin que quelques versets phares dans les évangiles. Il faut lire la Bible, pratiquement toute la Bible, parce qu'elle nous concerne dans nos vies de tous les jours. Toute la Bible, qui est la Parole de Dieu, témoigne abondamment de cette attention divine. Mieux, la Bible décrit concrètement la situation sociale et économique de sociétés différentes comme aucun autre texte des époques traversées ne le fait. Et Dieu donne, très souvent, des conseils dans la Bible. Le problème de la plupart de ces textes est qu’il faut contextualiser. Dieu intervient toujours dans des situations particulières, Il n’est pas dans le général et dans l’abstrait. Si vous lisez le 19ème et le 20ème chapitre du Lévitique, vous allez être d’accord avec plein de versets et tout à fait choqués par d’autres. Prenons le 19.18 : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Soit un des commandements les plus socialement révolutionnaires qu’on puisse imaginer. Réfléchissez dix secondes à ce qu'il signifierait pour nous aujourd'hui dans notre façon d'envisager la redistribution des richesses et vous verrez la radicalité chrétienne. Continuez la lecture et vous tomberez sur des prescriptions qui sont inacceptables pour la plupart des sociétés aujourd’hui. Celui qui commet l’adultère et se livre à l’homosexualité doit être mis à mort, lit-on dans Lévitique 20.10-13. A l’évidence, nous sommes là en contradiction avec d’autres valeurs bibliques, par exemple Lévitique 19.18 et aussi l'interdiction de tuer, et l’ensemble du Nouveau Testament. Jésus lui-même n’a pas condamné la femme adultère, mais lui a demandé de ne plus pécher (Jean 8.11). Il faut toujours réfléchir à ce que Dieu veut nous dire concrètement dans nos vies. Une règle de base est de retenir, pour nous aujourd’hui, de l’Ancien Testament, tous les principes, toutes les idées, tous les commandements de Dieu qui ont été éclairés et appliqués dans le Nouveau Testament, surtout par Jésus. Quand on lit vraiment la Bible et quand on pense au peuple d’Israël, premier destinataire de la Parole de Dieu, deux choses devraient nous frapper : 1. Aucune catégorie de personnes n’est aussi sollicitée, aidée, encouragée et même privilégiée par Dieu que « les pauvres ». Rien ne met Dieu dans une telle colère que la souffrance des « pauvres ». La notion biblique de « pauvres » est à comprendre dans des sens différents : matériellement dépourvu de biens, humble, étranger, solitaire, handicapé, orphelin, veuve, etc. Ainsi, des gens matériellement riches peuvent être pauvres au sens biblique du terme. Il faut noter que Dieu semble s’intéresser plus à la santé des « pauvres » qu’à celle des membres du peuple spécifique d’Israël. Ainsi l’insistance sur l’accueil des étrangers. Ainsi de très fréquentes « engueulades » contre le peuple d’Israël, notamment chez les prophètes Jérémie, Michée et Amos. Mais relisez surtout le chapitre 19 du Lévitique pour vous convaincre de l’attention générale que Dieu porte aux pauvres. Ce que Dieu pense de l’injustice sociale s’exprime généralement avec le plus de vigueur à travers le message des prophètes. Prenons le prophète Michée, contemporain d'Esaïe à la seconde moitié du VIII siècle avant Jésus. Choqué par les conditions de vie des pauvres gens, il a reçu ce message de Dieu : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ; et ce que l’Eternel demande de toi, c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu. » (Michée 6.8) Ce verset est le leitmotiv de la campagne Le défi Michée lancée par des Eglises évangéliques en France visant la mobilisation des chrétiens contre la pauvreté et les injustices. Ainsi donc, pour exprimer la chose un peu brutalement, un chrétien qui ignore qu’il a des devoirs de solidarité, particulièrement à l’égard des plus pauvres, a mal lu la Bible. Il a mal compris l’enseignement du Christ.
Cet article a été mis en ligne le 10 octobre 2008.
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