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Crise financière (2) : une solution providentielle en vue ? PDF Imprimer Envoyer

Sample ImageLes Etats européens mobilisent quelques 1700 milliards d’euros pour sauver les banques. Ils limiteront ainsi les effets de la crise financière. Mais la récession de l’économie réelle menace. La solution passe par de nouvelles règles et une révolution dans nos comportements. Les chrétiens qui veulent changer le monde doivent d’abord montrer le bon exemple. Notre bibliste Richard Vandenbroucque rappelle l'exemple d'un chrétien japonais, illustrant la parabole du bon Samaritain (Luc 10.25-37). Voici le deuxième article de notre série.


Continuons d’abord notre suivi de l’actualité. Nous voici le 15 octobre. Après une semaine catastrophique, où les bourses ont chuté d’une façon spectaculaire (-22% à Paris), les chefs d’Etat et de gouvernement européens de la zone euro sont enfin tombés d'accord sur un programme d’action. Un plan a été finalisé à Paris le 12 octobre sous l’égide de Nicolas Sarkozy. Ce plan vise à aider les banques menacées de faillite. Les bourses ont ainsi fait un rebond spectaculaire les 13 et 14 octobre. A Paris, on a connu la hausse la plus importante jamais enregistrée en un seul jour le 13 octobre (+11,1%). C’est une sorte d’euphorie qui contrebalance le désespoir exagéré ces derniers temps. Mais elle ne dure pas. Le 15 octobre, l'indice à Paris a de nouveau chuté dramatiquement (-6,8%). C'est que le plan européen ne présente pas une solution providentielle pour nous sortir de la crise de l’économie réelle. La France, mais aussi les Etats-Unis et l’Allemagne sont pratiquement en récession. Cela veut dire que le Produit intérieur brut (PIB) baisse dans ces pays. Nos "valeurs ajoutées", comme disent les économistes, baissent. En français, on peut dire que la production baisse. Nous consommons moins. Notre pouvoir d'achat stagne ou diminue. Les entrepreneurs font moins de projets, investissent moins. Avec la crise financière, ces mêmes entrepreneurs et aussi les ménages ont du mal à trouver des crédits. Et beaucoup ont  du mal à rembourser les prêts contractés dans une période où régnait la confiance. Cette folle croyance en un lendemain forcément plus riche, plus stable,  a beaucoup moins d'adeptes que d'habitude. Le résultat de tout cela est une augmentation du chômage et une diminution du niveau de vie des classes moyennes et des classes dites "populaires".

 

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Image : Caricature de la crise financière aux Etats-Unis : "L'Empire de la dette."

Les soucis des financiers américains et la crise des sub-primes, jetant des centaines de milliers de ménages surendettés pratiqument dans la rue, donnent lieu, aux Etats-Unis, à des saines réactions ironiques et humoristiques comme celle-ci sur fond d'une conscientisation populaire. Les habitants des Etats-Unis, comme dans les pays européens, savent que leur système est mauvais. Leurs Etats prônent la rigueur pour les petites gens tout en gonflant le déficit budgétaire. En même temps, le nombre de milliardaires n'a jamais été aussi élevé. Il est probable que l'homme qui incarne tous les maux d'Amérique - George W. Bush - dans son incapacité de gérer les crises  (11 septembre, guerre en Irak, catastrophe naturelle à la Nouvelle Orléans et maintenant krach de Wall Street) et dans sa politique économique injuste (on baisse les impôts pour les riches, les pauvres peuvent attendre) donne de très bonnes raisons pour voter en faveur d'un changement le 4 novembre : pour Barack Obama.

 

 

On peut noter que le « plan d'action » de l'eurogroupe (pays de la zone euro) s'inspire largement de l'initiative surprenante prise par le Premier ministre britannique Gordon Brown de renationaliser partiellement certaines banques. Il a reçu des réactions très positives de Dominique Strauss Kahn, directeur du FMI, et de Paul Krugman, économiste américain favorable à ce que l'Etat joue un plus grand rôle dans l'économie. Ce dernier va recevoir le prix Nobel d'économie 2008. Ces trois hommes cités ont la particularité de penser que les marchés ne sont pas suffisamment régulés.

Les principales mesures du plan sont :
 recapitalisation des banques en difficulté avec prise de participation des Etats (une forme de nationalisation partielle).
 garanties des prêts interbancaires pour ceux qui sont réalisés avant le 31 décembre 2009 sous forme d'une assurance payante.
 la Banque centrale européenne accepte exceptionnellement que les banques lui donnent en garantie, en contrepartie de ses liquidités, des créances sur les entreprises industrielles.

Ce programme d'action autorise différents plans nationaux. L'Italie et l’Espagne, par exemple, ont choisi des voies différentes que la France et l'Allemagne (et le Royaume-Uni, qui ne fait pas partie de la zone euro). Ces derniers vont à la fois faire des recapitalisations et des garanties de prêts interbancaires. Même les Américains se sont inspirés du plan européen en intégrant l'idée qu'il faudrait une participation directe de l'Etat. Là-bas, l'Etat va entrer dans le capital de neuf grandes banques. Cette information, rendue publique le 15 octobre a été comprise comme la fin d'une ère par beaucoup d'économistes libéraux.

Il y a cependant un gros problème : les pays européens, comme les Etats-Unis, vont mobiliser des sommes potentiellement astronomiques. Ainsi 360 milliards d'euros pour la France, 367 pour le Royaume-Uni et 480 pour l'Allemagne. Au total, l'Europe promet 1700 milliards pour sauver les banques et le système financier. Cette somme représente 17 fois le montant actuel de la dette publique en Afrique.
Nos Etats n'ont pas cet argent. Ils vont donc devoir les emprunter à leur tour. Sarkozy promet que les contribuables n'en souffriront pas. Si certaines banques ne remboursent pas leurs nouveaux prêts, une perspective hélas probable, ce seront les contribuables qui payeront. Par ailleurs, l'augmentation de facto de la dette publique des pays comme la France et l'Allemagne sera à la charge des contribuables. Pire, on ne sait quel type d'exigences l'Etat va pouvoir imposer aux banques. Or il en faudra. 
D’une façon générale, nos pays européens ont une tendance à mutualiser les pertes et privatiser les bénéfices des grandes entreprises et des banques. Mais il faut aussi admettre que les Etats devaient impérativement réagir pour sauver les banques. Sinon, les entreprises auraient souffert d’un problème de liquidités tellement important que la situation serait vite devenue catastrophique.
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Wall Street, la rue où se trouve la Bourse de New York.

 

Que penser en tant que chrétien ?
Une réaction chrétienne à ce fonctionnement serait évidemment de combattre non seulement les effets d’un système absurde, comme les rémunérations excessives des dirigeants. Il faudrait aussi combattre le système lui-même, puisqu’il est absurde et injuste. Le Dieu des chrétiens dénonce catégoriquement toute injustice sociale, comme nous l'avons vu dans notre premier article de cette série.
Mais comment faire ? Consultez le site du Défi Michée, une initiative de l'Alliance évangélique mondiale et des oeuvres de différentes Eglises. Vous y trouverez des idées concrètes. A la lumière des grands exemples chrétiens des 2000 ans de l’Histoire de l’Eglise, on serait tenté de dire qu’il faudrait d'abord laisser le cœur agir. Mais seulement si ce coeur est vraiment converti au Christ. Tous les grands témoins du Christ vivant ont toujours eu le souci des pauvres, qui est un reflet naturel de leur foi. Ainsi François d’Assise. Ainsi John Wesley. Ainsi Mère Teresa. Ainsi Martin Luther King. Ces personnes ont parfois rencontré une certaine incompréhension auprès d’autres chrétiens de leur époque. Mais l’Histoire retient toujours les bons exemples. Et les actions sont toujours plus importantes que les mots.
Notre bibliste Richard Vandenbroucque évoque un exemple pertinent et proche de nous. Il s’agit de Toyohiko Kagawa (1888-1960), un évangéliste chrétien et réformateur social. Il a fondé des écoles, des hôpitaux et des églises au Japon. Méditons ce message.
« Toyohiko Kagawa, le saint François d'Assise japonais vivait à Kobe au début du 20ème siècle. Chrétien, il s'est consacré à aider les sans grades, les sans argents, sans logis, les sans rien. Un jour, il invite un prédicateur chrétien éminent pour une intervention publique. Etant habillé comme les gens qu'il fréquentait, ses habit  étaient des habits de pauvres. Il va à la gare pour rencontrer son invité. Cet homme prend Kagawa pour un porteur et ordonne : "porte mes bagages, je viens voir Kagawa". Kagawa obéit à la demande de cet homme dont les habits magnifiques laissaient peu de doute sur ce qui était cher à ses yeux, loin de ce que Kagawa considérait être l'Esprit du Christ.
Impossible pour Kagawa de reconnaître le Christ dans cet homme. Jésus a bien dit que les doux hériteront la terre. Kagawa comme l'abbé Pierre et Mère Thérésa après lui se sont oubliés par obéissance au Seigneur et par amour pour ceux dont ils partagent la vie. Ces personnes restent des exemples pour l'humanité entière à la suite de Jésus alors que ce prédicateur chrétien est oublié depuis longtemps. Ceux qui cherchent le royaume de Dieu comprennent ce que veut dire "être doux et humble de coeur". Kagawa était l'un d'entre eux par obéissance, et on se souvient de lui. Son exemple nous inspire. »

Que dire de plus si ce n’est de vous recommander de lire et relire la parabole du bon Samaritain dans l’évangile de Luc 10.25-37 ? Aurions-nous tous le même réflexe que le Samaritain ? C'est pourtant à cette radicalité-là que le Christ nous appelle. A bientôt !

Les photos sont de flickr.com Creative commons. Elles ont été prises, dans l'ordre, par Steve Wampler, Renegade 98 et Dennis Gerbeckx.

Cet article a été mis en ligne le 15 octobre 2008.

 

 

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